dimanche 29 mai 2022

Entretien du 13 octobre 1979 (Graines de Conscience)


Maharaj : Ne soyez pas lié par l’imagination ou les idées, tenez-vous à l’écart d’elles, laissez les choses se produire selon leur propre nature. De même que le sens du corps-mental vous lie actuellement, ainsi les relations existant dans le monde objectif vous lient également, et ce lien est véritablement très fort. La véritable perspective du Soi en vous est de vous donner la liberté qui est vôtre.

Le Soi en vous, c’est toute la vacuité du ciel. Au moyen de la conscience qui est apparue en vous, vous observez le monde objectif. Vous savez que vous êtes éveillé, et grâce à cette connaissance voyez un monde rempli de toutes les images objectives qui sont en vous. Dans le sommeil profond il n’y a aucune image ni aucune vision objective. La création du monde objectif est sans cause – il est apparu spontanément, n’est issu de l’action de personne. C’est la conscience qui apprend à celui qui en est conscient qu’elle est tout ce qu’il voit.

Ce point est très difficile à comprendre. Celui qui a vraiment compris que la conscience universelle est témoin de la conscience a atteint l’Ultime. Mais la plupart des gens sont à l’intérieur de la connaissance manifestée selon laquelle « je suis ».

Le monde est en moi, je ne suis pas dans le monde. Bhagavan (Dieu) est la lumière qui est le monde manifesté. J’ai réalisé cette lumière, mais elle ne me lie pas, je ne suis pas en elle.

Voilà ce qu’est l’état à partir duquel a lieu l’observation de la manifestation. L’état d’Ishvara (Dieu) constitue la frontière, avec lui commence Nirguna – de l’être on passe au non-être et entre dans l’Absolu, d’où se produit le fait d’être témoin de la manifestation. C’est là que commence l’Absolu. Ce n’est pas le « je suis ». L’Absolu n’est pas doué de parole, mais tout notre entretien se rapporte à l’Absolu uniquement.

Je n’ai pas de méthode à proposer qui vous fasse découvrir la Vérité ; tout au plus vous dirai-je de purifier votre souffle vital. Je vous demanderai de méditer un nama-mantra, rien d’autre ; tout le reste est du domaine de la spontanéité.

Qu’entend-on par nama ? Nama est la musique primordiale ; chantez la mélodie du mantra du nom. Grâce à cette récitation l’on se détache du soi et toutes les pensées nuisibles s’évanouissent.

Question : Etant donné que la manifestation est moi, puis-je y apporter certaines améliorations ?

M : Par l’attachement au corps-mental vous vous séparez du monde manifesté et distinguez de multiples entités. Dans cet état il vous vient toutes sortes de désirs d’améliorations, tant pour vous-même que pour les autres. L’état suivant est celui du « je suis », où toute action et moi-même, toute chose manifeste et moi-même nous nous confondons. Là, il n’est plus question d’amélioration ; vous n’êtes que manifestation : « Je suis tout ». Ensuite, il y a l’état du Non-Créé, où l’être qui comprend « je suis » n’est plus. C’est l’état suprême.

Dès que je dis être un sanyasi (moine), je commence à me conditionner. « Mes cheveux doivent être tressés », « je dois mendier ma nourriture », et ainsi de suite. Je n’ai donc adopté aucune attitude. Quand le repas est servi, je mange ce que mon corps aime, ce qu’il n’aime pas je le laisse. Non pas du fait que ceci est convenable et cela ne l’est pas, rien de la sorte. Votre première étape est l’être : embrassez la connaissance « je suis », soyez la connaissance « je suis ». J’essaie de vous parler de mes secrets les plus intimes. Tout comme le monde du rêve vient sans être sollicité et que vous l’observez, de même le monde est apparu sans être sollicité, et vous êtes contraint de l’observer. Observez-le, sans plus.

Votre être est apparu spontanément, sans que vous le sachiez. Vous n’avez pas consciemment connaissance de ce que « je vais être » ; ce n’est qu’après la formation du « je suis » que vous vient la connaissance « je suis ».

Q : Puis-je exécuter mes obligations domestiques habituelles ? M : Exécutez-les avec tout l’enthousiasme possible mais comprenez ce que je vous ai dit. Si vous le comprenez vraiment, rappelez-le-vous et réfléchissez-y. Il n’est besoin d’aucune méditation spéciale.

Le souffle vital est la cause du flot du mental ; le mental est sans cesse en activité – sauf dans le sommeil. Apparemment nous exécutons un rite, récitons des hymnes à voix haute, pensons que nous accomplissons quelque acte spirituel, mais le mental n’est pas concentré là-dessus – il pense à autre chose.

Q : Quelqu’un qui aime entièrement ce qu’il fait n’a pas le sens du « je ».

M : L’être est totalement absorbé dans l’inclination mentale, alors que l’état du non-être n’en est que témoin.

Méditez le principe grâce auquel vous savez que vous êtes ainsi que le monde. Ce principe est la source même du monde manifesté. Toute action est exécutée par le souffle vital, dont le langage a pour nom pensée. La récitation du mantra ou du japa est faite par le souffle vital, et l’être n’est que le simple témoin des actions du souffle vital. Le message « je suis » n’est que témoin ; c’est le souffle vital qui stimule toute activité. Le corps de nourriture, l’essence de nourriture est ce qui soutient ces deux entités. La connaissance « je suis » est le film, la destinée. Qu’est ce que notre destinée, en définitive ? C’est le produit chimique de la naissance, le film où tout est enregistré et où tout arrive. Où êtes-« vous » dans tout cela ? Le « je suis » est un produit chimique où tout ce qui se passe est enregistré. Le jour où vous saisissez ce processus, vous comprenez que vous n’êtes pas un individu.

Extrait de Graines de Conscience, Editions Les Deux Océans, 1982

mardi 17 mai 2022

Entretien du 23 mars 1981 (A la Source de la Conscience)

Maharaj : Je suis Cela qui représente l’absence de ce qui est vu. Si vous essayez d’adapter ce que je dis aux dimensions du concept ‘être humain » que vous croyez être, vous n’y arriverez pas ... ! Bien qu’ayant écouté tout ce que j’ai dit, la plupart d’entre vous continue à se considérer comme un corps et me regardent en tant qu’individu. Je ne suis rien de cela ! MA PRESENCE REELLE EST L’ABSENCE DU PHENOMENE QUE VOUS ÊTES EN TRAIN DE REGARDER.

 

Mon sommeil n’est pas semblable au vôtre, il est Pure Conscience. Lorsque je dors il y a présence à l’ensemble de la manifestation et aussi au non-manifesté ... Il n’y a aucune distinction entre un individu et l’univers en son entier.

 

Vous pensez que je suis malade, mais c’est parce que vous m’identifiez à ce corps. Je considère cette maladie comme un état extraordinaire, rares sont ceux auxquels un tel sort est réservé pendant que la conscience existe à l’intérieur d’un corps. Mais son degré d’importance est impossible à décrire. Cet état est baigné de souffrance, il a pourtant une profonde signification et bien rares sont ceux à qui cela est donné.

 

La question de savoir ce que l’on est ne peut se poser que dans la manifestation, en comparaison à d’autres phénomènes. Dans l’état où je suis il n’y a pas de phénomènes, Mon existence est antérieure à toute manifestation. Il n’est plus question de « Qui suis-je », de « Qu’est-ce qui est » ?

 

Visiteur : Maharaj pourrait-il répéter ce qui a été précédemment dit sur l’état sans phénomènes ?

 

Maharaj : Une fois dit, c’est fini ! La façon correcte d’écouter est de se concentrer sur les mots révélant votre véritable identité, et oublier tout le reste. Il vous faut arriver à votre identité, à cet état qui a précédé les mots. Les mots ne peuvent rendre compte de Cela.

 

CETTE CONSCIENCECE PAR QUOI TOUT LE RESTE EST, EST ELLE-MEME LA REFLEXION DE CELA-QUI-EST, LA LUMIERE REFLECHIE DE CELA-QUI-EST. L’homme ordinaire, se considérant comme un chercheur, demeure en dévotion devant divers concepts et non pas devant sa vraie nature.

 

Visiteur : Maharaj pourrait-il nous parler un peu plus de l’état précédent la conscience ?

 

Maharaj : A quoi bon ? Tout ce que vous pouvez penser de cet état n’est qu’un concept et ce concept ne se maintiendra que tant que la conscience sera présente. Seul demeurera l’expérimentateur ne faisant même pas l’expérience de sa continuité. Je ne suis rien. Comment se fait-il que j’ose parler ainsi ? Parce que je sais que je ne suis attaché à aucune expérience !

 

Vous ne trouverez personne d’aussi brutal que moi concernant la vérité. Tout le monde se sent concerné par cette expérience – de la naissance à la mort – mais personne n’accorde la moindre
attention à l’état qui a précédé cette expérience ! Celui qui possède une claire compréhension de cette conscience ne peut plus attacher la moindre importance à une
expérience quelconque.

 

Visiteur : Je veux abandonner cette identité avec le corps, je veux découvrir ce que je suis ! Que dois-je faire ?

 

Maharaj : Si vous ne possédez pas le sentiment initial « Je suis », qui va commencer la recherche ? Vous devez être. Ce n’est qu’à partir de ce moment que la quête commence. Rappelez-vous cette perception « Je suis », cela seul est présent, répandu en toutes choses. Soyez seulement cela, abandonnez tout le reste.

 

Visiteur : Quand je pense « Je suis », il se présente immédiatement à mon esprit tout ce que je suis. Je sais bien que cela vient de l’intellect mais ... !

 

Maharaj : Vous êtes avant la pensée. Tous les mouvements se produisent dans l’espace, pour qu’il y ait l’apparition d’un mouvement quelconque l’espace se doit d’abord d’être là.

 

IL N’Y A PAS DE REPONSE A LA QUESTION « QUI SUIS-JE », mais vous pouvez y répondre comme vous l’entendez ; vous pouvez lui donner n’importe quel nom ou titre que vous aimez.

 

Vous n’allez pas au cœur de ce que signifie ce que vous lisez ou entendez, vous répétez comme des perroquets. Je désapprouve fortement eux qui récitent les bhajans comme des perroquets. Combien sont ceux qui comprennent la signification des paroles chantées pendant les bhajans ?

« LE SOLEIL ET LA LUNE SONT LE REFLET DE CE PRINCIPE MEME « JE SUIS » ! »

 

La spiritualité est largement ouverte et en même temps elle est mystère. PARCE QUE VOUS ETES… L’UNIVERS EST. TOUT CELA, TOUT CE QUI EXISTE N’EST QUE LE REFLET DE VOUS-MEME.

 

Si vous voulez savoir ce que vous êtes, tout est révélé dans les bhajans. Les yeux fermés, vous oubliant presque complètement, à moitié endormi, est exactement ce que vous êtes. Si vous pouvez en avoir un bref aperçu, la première chose que vous distinguez est cet espace bleu foncé, c’est l’essence de la beauté, la vision même de la beauté. J’ai souvent développé ce point, mais il est bien rare que quelqu'un comprenne où JE voulais l’emmener !

 

Pendant les bhajans je souligne quelque fois l’importance de certains passages en les chantant le plus fort possible, mais personne ne comprend ce que je veux dire. Je souligne ces passages pour que les participants appréhendent le sens profond de ce qu’ils disent, mais ils se contentent de chanter plus fort. Non seulement je souligne ces passages en chantant de toute ma voix mais je les répète. J’éprouve le besoin de crier ces paroles à pleins poumons. « VOUS ETES CETTE TRACE DE CONSCIENCE A PARTIR DE LAQUELLE EST CREE LE COSMOS TOUT ENTIER ! ...

 

J’étais un fidèle adepte du chant des bhajans parce qu’ils fournissaient toute la nourriture spirituelle nécessaire. Quand je tombais sur un passage particulièrement riche de sens, je le dansais dans cette pièce. Je possède toujours l’exubérance qui me pousse à chanter et à danser mais je n’ai plus l’énergie qui me permet de le faire.

 

Après cela je ne suis plus allé voir aucun Sage ou Saint. Au contraire, de nombreux Sages ou Saints sont venus me visiter, malheureusement aucun d’eux ne considérait le soleil, la lune et l’univers comme l’expression d’eux-mêmes. Non, un tel Sage je ne l’ai pas rencontré.

 

Visiteur : Bien que ne comprenant pas la langue marathi, j’ai senti intuitivement la profonde signification des bhajans.

 

Maharaj : Beaucoup viennent ici chanter les bhajans, mais ils ne réagissent pas à leur sens profond. Beaucoup d’étrangers sont, eux, touchés par la profondeur de ce qui est dit. Vous, les étrangers, vous possédez cet avantage parce que, dans une vie précédente, vous faisiez partie de l’armée de cette grande incarnation, Rama. Vous étiez les guerriers, les partisans de Rama et donc protégés par lui. Lors des incarnations suivantes vous avez émigrés vers l’est, mais vous avez plus de raisons de vous sentir ici chez vous que les Indiens.

 

Les étrangers me reconnaissent, mais l’Indien de la rue ne me connaît pas ... C’est parce que Rama a béni son armée à cette époque ancienne. J’admire les étrangers. Non seulement ils font des milliers de kilomètres pour venir ici, mais ils dépensent beaucoup d’argent pour rester à Bombay.

 

Visiteur : Si nous n’en éprouvions pas un besoin profond, nous ne viendrions pas !

 

Maharaj : C’est votre destinée. Dans cet élément premier que vous êtes, ce besoin était déjà planté. Vous venez vous asseoir ici avec détermination pour trouver ce que vous cherchez. J’ai donc une grande attention et un grand respect

 

Extrait de « A la source de la Conscience », Editions Les Deux Océans 1991