mercredi 22 septembre 2010

Citations du 27 septembre 1980 (A la Source de la Conscience)



Maharaj : Toute cette spiritualité a pour seul but de vous faire comprendre votre vraie nature. Pour y arriver la question est de savoir en quoi consiste « être vivant ». Lorsque vous connaissez votre véritable nature, être vivant n’est pas le fait d’un individu. Etre vivant correspond simplement à faire partie de cette manifestation spontanée. Il n’y a rien à rechercher, c’est le chercheur qui doit être perçu. Voyez le tableau tel qu’il est.


Extrait de A la Source de la Conscience, Editions Les Deux Océans, 1991

mercredi 11 août 2010

Entretien du 12 août 1979 (Graines de Conscience)

Maharaj : Etes-vous satisfait ?
Question : Parfois oui, parfois non.
M : Qui dit cela ? Qui vous le dit ?
Q : Je constate la satisfaction, c’est un sentiment se produisant dans la conscience. Moi-même, je suis indifférent. Quoi qu’il se passe, quoi qu’il apparaisse dans mon champ de conscience, je ne me sens pas concerné, cela ne m’intéresse pas, m’est étranger.
M : Ce n’est pas de l’indifférence, c’est du détachement. Ce qu’on appelle mécontentement, n’existe pas. Vous ne vous inquiétez de rien – voilà ce qu’est l’état, l’état réel. Rien ne vous attire dans ce monde ?
Q : Quoi qu’il se passe, il n’y a ni gain, ni perte.
M : Comment cela vous est-il arrivé ?
Q : Je ne sais pas.
M : N’agissez pas comme les autres, simplement parce qu’ils vous disent de le faire. Après avoir reçu ces enseignements, vous devriez vous conduire en roi, en seigneur. Telle devrait être la conduite, intérieurement et extérieurement. Aham Brahmâsmi « Je suis le Seigneur ». Avez-vous compris, ou n’avez-vous pas compris ?
Q : Je ne sais pas.
M : Avez-vous une autre question à me poser ?
Q : Le sentiment d’être conscient de moi provoque une forte tension – il s’accompagne toujours d’une forte tension dans la tête.
M : Vous devriez être témoin de cela. Vous êtes conscient (aware) de la conscience, et donc n’êtes plus dans cette sensation. Vous en êtes témoin.
Q : Cette sensation est là tout le temps.
M : Votre conscience n’est pas dans le corps. Mais l’attraction pour le corps est encore là, en sorte que cette sensation n’a pas complètement disparu. Votre conscience a quelque attirance, quelque amour pour votre corps. Maintenant, vous connaissez votre conscience, vous en êtes témoin. Auparavant, ce n’était pas le cas, parce que vous pensiez être un corps. Maintenant, vous savez que vous n’êtes pas le corps. Vous savez également que vous n’êtes pas la conscience.
Auparavant, avant d’entendre cela, avant de venir en Inde, vous appeliez la conscience mental. Maintenant votre mot pour la conscience est Jnâna (connaissance).
M : (s’adressant à quelqu’un d’autre) Voilà, j’ai répondu à votre question, êtes-vous content ?
Q : Oh oui ! depuis longtemps, quand je suis parti d’ici.
M : Maintenant, après bien des expériences, vous êtes arrivé à la conclusion que ce qui les précède ne change pas. Les expériences qui se produisent dans le monde vous laissent indifférent ?
Q : Oui, j’en suis arrivé à cette conclusion.
M : Toutes les séductions du monde ne sont plus pour vous que choses ordinaires ? Elles vous laissent indifférent. Avez-vous atteint cet état ? Ou bien sollicitez-vous encore le respect des autres, avez-vous encore envie d’augmenter vos connaissances de plus d’artifices ?
Q : Je ne peux plus souscrire à ces choses-là et donc ne les désire plus. Je n’ai plus rien avec quoi les retenir mais, qui sait, si je trouvais quelque chose avec quoi je puisse les retenir, peut-être les retiendrais-je.
M : Les désirer signifie que vous penser qu’elles présentent des avantages, qu’elles offrent des occasions.
Q : Elles sont stériles, finissent toutes par se détruire les unes les autres. D’où leur inutilité.
M : Ainsi, vous avez tout vu, tout compris. Qu’est ce qui demeure en fin ce compte ?
Q : Ce qui demeure n‘est pas perceptible.
M : Qu’est ce qui est là, qui est originel ? Qu’est ce qui est la racine ?
Q : Ce qui est à la racine n’est pas un objet.
M : Vous en êtes-vous rendu compte ?
Q : Non, parce que c’est plus vaste que moi. Comment ferais-je pour le voir ?
M : Lorsque vous passez par diverses expériences, remarquez-vous la présence de quelque chose qui était là dès le commencement mais dont vous n’étiez pas conscient ?  Prenez-vous conscience de quelque chose d’infiniment plus vaste que toutes ces expériences ? Si oui, pouvez-vous rester avec ce quelque chose ? Ou continuez-vous de passer par les expériences ?
Q : Je ne passe plus par les expériences et peux effectivement me maintenir dans ce quelque chose. C’est comme d’être sur un bateau : on ne va pas s’imaginer que c’est l’eau qui avance, on sait que c’est le bateau, mais on a conscience de la présence de l’eau.  L’on a pas à se répéter : « Ah oui, j’avance sur l’eau. » Ce qui es là avance ; au-dessous il y a ce sur quoi l’on avance.
M : En vivant tout cela, vous apercevez-vous que c’est entièrement artificiel, que ce n’est pas réel ? Qu’éprouvez-vous ?
Q : J’ai l’impression de vivre une projection que j’ai moi-même créée.
M : Ne voyez-vous pas que ce qui apparaît comme étant une illusion, la projection, n’est rien d’autre que la toute petite modification de votre propre Soi ?
Q : Si.
M : Dans ce cas, n’entrevoyez-vous pas ce qui est le plus ancien ? L’illimité ?
Q : Je ne suis pas limité par l’expérience ou par les limitations de l’expérience.
M : Le monde change en permanence. Il est toujours nouveau, mais il n’est rien d’autres que les vieilles pensées, les vieilles ruses. Par conséquent, peut-il être question pour vous de non-limitation ? Niez-vous l’existence du monde ?
Q : Non, je nie sa réalité.
M : Imaginons que vous ayez un enfant, qu’il aille à Tombouctou et y devienne roi. Il reste votre enfant, non ?
Quoi qu’il se passe, le témoin de l’évenement doit être là pour dire qu’il se produit. L’ancêtre de toute action doit être là pour observer cette action, en sorte qu’il puisse la raconter.
Q : Ce témoin, est-ce l’Absolu ou reste-t-il du domaine de la conscience ? Il doit y avoir quelqu’un qui est témoin de cette expérience ?
M : Je ne vous parle pas du témoin. Je vous parle du centre, de notre ancêtre central.
A partir d’une baie, de la forêt même d’arbustes à baies, tous les arbrisseaux ont poussé. A cause d’une seule baie.
Quel est le principe qui observe la création et l’état antérieur à la création ? L’Absolu. Seul l’état de non-être, de non-conscience sait qu’il y a conscience. L’état de non-« je suis ».
Bien des gens vous parleront des penchants de votre mental, du flot du mental, des activités se produisant dans le domaine de la conscience. Ils vous diront que si vous faites ceci vous obtiendrez cela ; mais quelqu’un vous a-t-il parlé de l’état précédant la conscience ?
L’état tout à fait inférieur ( sur la voie spirituelle) est celui de mumuksu. Le mumuksu est au début de sa recherche spirituelle et il s’identifie au corps-mental. Il a toujours cherché à obtenir des gains ou des pertes à partir du sens du corps-mental. Il rencontre un Guru et ce Guru lui dit : « Vous n’êtes pas le corps-mental, vous êtes le « je suis » manifesté. » « Je suis » est le monde manifesté. Cela, il le comprend. Il s’affermit dans le « je suis » et découvre qu’il n’est pas le corps-mental, qu’il est la manifestation ; en son temps , il s’aperçoit aussi, « je ne suis pas le « je suis », je ne suis pas la conscience ni le monde manifesté, mais l’Absolu. » Pourquoi gardez-vous le silence ? Est-ce parce que vous êtes dans la confusion ou parce qu’il n’y a pas de confusion en vous et que vous avez atteint la quiétude ?
Q : L’état de « je suis manifesté » est-ce du détachement ?
M : Quel nom donnez-vous au « je suis » ?
Q : Conscience.
M : Connaissez-vous la conscience ? Etes-vous témoin de la conscience ?
Q :
Je ne sais pas.
M : A quel principe donnez-vous le nom de conscience ?
Q : A tout ce que je perçois ou connais. Tout.
M : Qui connaît la conscience ?
Q : Je ne sais pas.
M : Ce que vous ne connaissez pas, c’est ce qui était tout à l’origine.
Q : Dans la conscience, il semble que les expériences changent continuellement et, en même temps, qu’il y a quelque chose qui ne varie jamais.
M : Par ignorance, cette connaissance vous l’appeliez mental, mais elle est en soi la connaissance de la manifestation, le pouvoir de la manifestation. Elle est à l’origine de la manifestation (Mûla-Mâya). C’est Mahesvara, c’est à dire le suprême principe d’Ishvara dont le nom est Atman.
Q : Le nom de quoi ?
M : Du sentiment « je suis » qui est le vôtre. « Je suis » sans mot c’est l’Atman. Il est très dynamique et mobile. La conscience est le mental de l‘Absolu ; la faculté de connaître, la faculter de mémoriser, le message du « je suis ».
Q : L’état de manifestation, est-ce un état d’attachement ?
M : La manifestation surgit, est créée spontanément, sans qu’il y ait attachement, mais dès qu’elle existe l’attachement naît.
Vous êtes tous silencieux et n’osez poser des questions.
Q : Les question sont pensées à l’avance ; à votre arrivée elles s’évanouissent.
M : Au sein de l’ignorance était la connaissance ; cette connaisance arrivée à maturité est devenue manifestation. Le grand ancêtre, quant à lui, précède l’ignorance.
Vous n’avez connaissance de connaître que sur la base de la non-connaissance. Tout d’abord, vous ne connaissez pas. C’est dans la non-connaissance que germe la connaissance, et sa base est l’ignorance uniquement. Bien que l’ignorance devienne connaissance en mûrissant et qu’elle se manifeste profusément, son ancêtre reste quand même l’ignorance. Avant l’ignorance, il y a l’état ancestral de l’Absolu.
Q : A quels signes reconnaît-on un Jnâni ?
M : Il est insensé de croire que l’on est un Jnâni, qu’on a la connaissance, qu’on est plein de sagesse. Quand on croit être plein de sagesse on veut être reconnu socialement, on veut un statut. Et cela est absurde.
Qu’est ce qu’un Jnâni ? le Jnâni ne sait pas qu’il est de lui-même et qui va reconnaître qui ? A chaque instant des millions de créations émanent de la non-action, spontanément, et il y a tant de chaos. Le Jnâni permettra-t-il une telle chose ?
Le Jnâni comprend que la connaissance procède de l’ignorance et que dans le processus tout arrive. Mais comme l’ignorance est à la base, il n’interfère pas, parce que lui-même ne sait pas qu’il est. Le Jnâni ne peut concentrer son attention, parce qu’il n’a pas d’attention.
L’interprète : Ce que Maharaj appelle le Connaissant, l’Absolu, ne prête attention à rien. Le fait d’être témoin survient, ce n’est pas lui qui est témoin. Il est au-delà de cet attribut : l’attention. Et vous, la conscience, vous ne pouvez pas porter votre attention sur lui. Il n’est pas connaissable.
Q : Maharj peut-il être témoin de son état de sommeil profond ?
M : Oh, oui ! Très bien.
Q : J’ai eu l’expérience suivante : tout, le corps et le mental, était là, et en même temps il n’y avait rien.
M : Cela reste un expérience. L’expérience est différente de celui qui la fait. Vous pouvez décrire vos expériences de mille façons, mais pas celui qui les fait.
L’interprète : Maharaj dit qu’il ne peut pas décrire l’Absolu, qu’il ne peut parler que de ce qui apparaît. Il est impossible de dire de lui « Il connaît ». L’Absolu est, il n’est pas question de connaissance.
M : Les états de veille et de sommeil ne savent pas ce qui les a précédés. La conscience ne connaît pas l’état qui a précédé son apparition. L’Absolu si, mais il n’appartient pas au connu.
A son insu la connaissance (knowing) est née, spontanément. Quand elle disparaît, il ne reste rien. La connaissance donne naissance aux cinq éléments Quand elle disparaît, vous restez. Tant qu’elle est là, servez-vous en pour l’investigation. Je suis piqué par un scorpion. Qu’est ce que la sensation d’être piqué ? C’est le « je suis ». Comme vous ne pouvez pas supporter la piqûre du « je suis », vous courez d’un endroit à un autre. Si vous voulez annuler les effets du poison de la piqûre, observez le « je suis », observez votre état de connaissance (knowingness). L’effet de la piqûre, ce sont les états de veille, de sommeil, de faim, de soif et ainsi de suite. Emparez-vous de l’aiguillon, l’état de connaissance (knowingness).
Q : Pour recouvrer la liberté, l’asservissement est-il indispensable ?
M : Comprenez d’abord ce qu’est l’asservissement. Observez-vous pendant vingt-quatre heures. Quand vous aurez compris « Je ne peux pas être un corps ou un mental », vous êtes, tout naturellement.
Après ce long entretien, éprouvez-vous encore le besoin d’entendre le son des mots ? De paroles, quelles qu’elles soient ? Dans le domaine de la spiritualité au sens vrai, y a-t-il réellement besoin de mots ?
Q : Non. 

Extrait de Graines de Conscience, Editions Les Deux Océans, 1982

jeudi 5 août 2010

Entretien du 21 août 1980 (A la Source de la Conscience)



Maharaj : Si quelqu’un est parti d’ici – en supposant qu’il ait réellement compris – il ne parviendra pas à rester seul, il lui faudra trouver un compagnon avec qui partager sa cargaison de spiritualité. Il aura besoin de la compagnie d’autres chercheurs avec qui il pourra parler de cette spiritualité, sinon il sera malheureux. En partant d’ici vous sentirez-vous heureux et satisfait même si vous ne rencontrez pas d’autres chercheurs de vérité ?
Visiteur : Oh oui ! Est-ce que ce besoin de partager ses connaissances avec d’autres est un stade que doivent connaître tous les chercheurs sérieux ?
M : Cela en fait partie, mais à un moment donné il faut que cela cesse. Le stade le plus élevé est l’état non-né au sein duquel il n’y a plus aucune expérience mentale. Explorez le concept « Je suis ». Au cours de cette recherche de votre identité il vous arrivera peut-être même d’abandonner le Soi. En abandonnant le Soi vous devenez Cela.
(Maharaj observe des moineaux posés sur le rebord de sa fenêtre). La conscience qui habite le moineau et la conscience qui habite le corps de l’homme est la même. Ici l’instrument est grand, là il est petit. Eux sont préoccupés par la nourriture, leur ventre n’est pas plein. Mais toutes les espèces souffrent, la création elle-même est souffrance. Et il y a tous ces concepts sur la réincarnation, la renaissance etc… Est-ce que la pluie renaît ? Le feu, l’air… ? En fait tout n’est que la seule transformation des cinq éléments, vous pouvez vous amusez à l’appeler renaissance !
Dans cette démarche de recherche spirituelle tout se déroule dans le royaume de la conscience et ultimement vous butez ou vous culminez sur l’Absolu, l’état Parabrahman qui est sans désir.
J’ai compris et transcendé l’être. Supposons que je vive encore cent ans – veille, sommeil, état « Je suis »… – à quoi cela servirait-il ? J’en ai assez de tout cela ! Pour moi-même je n’ai aucune identité exclusive. Tout ce que je pourrais revendiquer serait le jeu des cinq éléments et il est universel. Comme bien peu peut être dit sur cet état je ne veux pas retenir mes auditeurs plus longtemps, je vais leur donner une chose ou deux et leur demander de partir. Ils ne sont pas à même d’assimiler la profonde sagesse d’un tel niveau… quel bénéfice pourraient-il en tirer ?


Extrait de A la Source de la Conscience, Editions Les Deux Océans, 1991

mercredi 28 juillet 2010

Entretien du 21 octobre 1979 (extraits) (Graines de Conscience)


Maharaj : La connaissance « je suis » a sa source dans l’amour, et cet amour se manifeste dans le monde. Quand cette connaissance point dans le Soi c’est le bonheur complet ; mais après deux ou trois ans l’enfant entre peu à peu dans le « je » et le « mien » et perd graduellement la joie du « je suis ». Le résultat de ce processus est qu’il en arrive à la conclusion qu’il est né et va mourir.
La connaissance « je suis » est apparue en vous, et voilà que l’on vous accuse de nombre de péchés et de naissances.
Examinez-vous à fond ; êtes-vous un corps-mental ? Etes-vous né ? Qui êtes-vous ? Qu’êtes-vous ? Trouvez les réponses par vous-même. Avant de naître, il n’y avait rien, pas la moindre idée que vous alliez revêtir une forme ; vous n’avez pris connaissance de cette forme qu’après que votre mère vous ait eu présenté à vous-même. Cet examen terminé, plus la moindre idée de mort ne vous viendra à l’esprit.
Question : Qu’est ce que la connaissance, l’état de connaissance (knowingness) ?
M : Elle procède de l’essence de nourriture que votre corps a assimilée. Elle est matière, autant que le corps, et disparaîtra, tout comme la flamme que voici s’éteindra. Si nous voulons survivre pour le mois à venir, n’est-il pas indispensable que nous donnions à manger au corps ? Supposons que vous gardiez de la nourriture avariée quelque part. Après un certain temps des vers et des insectes vont s’y former. N’est-ce pas la nourriture qui leur donne la vie ? Qu’indique ce fait ? Que la force vitale qui s’exprime grâce à l’insecte est contenue dans l’essence de nourriture. La force génératrice de vie est contenue dans l’essence de nourriture, et celle-ci est en soi sa propre nourriture.
Q : Tout à l’heure, Maharaj nous a parlé du « je suis » qui émane des cinq éléments. Les cinq éléments n’émanent-ils pas eux aussi du « je suis » ?
M : Oui, nous avons affaire à un cercle vicieux. Comprenez celui-ci et quittez-le. Si le corps de nourriture n’est pas là, vous serez ce que vous avez été avant que ce corps soit épuisé. La conscience, le monde, la manifestation expriment que « vous êtes ».
Pour nous résumer : comprenez tout cela et ne tentez pas d’interférer. Tous les prophètes et assistants sociaux sont venus en ce monde puis l’ont quitté ; ils n’ont pas pu changer ce qui est. C’est le jeu de la Mâyâ. Tout a surgi du néant et retournera au même état.
Le « je suis » est le produit des cinq éléments, et il produit à son tour les cinq éléments. Par conséquent, comment pourrions-nous le détruire ?
Q : La destruction est impossible, il suffit d’aller au-delà.
M : Le « je suis » fait partie du jeu. Vous lui êtes antérieur.


Extrait de Graines de Conscience, Editions Les Deux Océans, 1982

vendredi 23 juillet 2010

Entretien du 18 septembre 1979 (extraits) (Graines de Conscience)


Maharaj : Sommes-nous venus en ce monde par volonté personnelle de naître, ou bien l’état de connaissance (knowingness) est-il venu en nous sans que nous le sachions ?
Question : Sans que nous le sachions.
M : L’être est venu sans que vous en ayez connaissance, mais vous vous en servez selon votre volonté personnelle. Je veux condamner à mort l’individualité. Aussi, réfléchissez avec soin. L’individualité doit disparaître.
Ce n’est pas par volonté personnelle que nous parlons aujourd’hui. Nous pensons avoir le choix, mais à tort.
Vous pouvez rester en samadhi un jour, un mois, mais quand vous réintegrerez votre état habituel votre conscience n’aura pas changé. Vous croyez que c’est vous qui avez réalisé le samadhi, mais ce qui le croit est déjà là, et n’est pas venu parce que tel a été votre choix.
Q : La volonté, la volition, est-ce la même chose que « je suis » ?
M : C’est le « je suis ». Il apparaît spontanément, puis il devient l’instrument de la volonté.
Le fait d’être témoin survient au principe précédant la conscience, l’Absolu, qui cependant est témoin grâce à la conscience. Dans le rêve le « je » physique n’est pas présent et pourtant vous voyez. Le substrat de tout chose est la pure conscience (awareness).
Q : L’Absolu apparaît-il et disparaît-il spontanément ?
M : L’état antérieur à la conscience est permanent. L’apparaition et la disparition spontanées sont une qualité de la conscience.
Q : La pure conscience (awareness) peut-elle exister dans la conscience ?
M : L’Absolu, la pure Conscience (awareness) est le principe qui soutient la conscience.
Q : Mais conscience de quoi ? Peut-il y avoir conscience sans objet de conscience ?
M : Dans l’état de Parabrahman la qualité de connaissance (knowingness) n’est pas, et il n’y a aucune des fioritures ou ornementations de la conscience manifeste. L’état de Parabrahman ne sait pas qu’il est et l est en dehors de la manifestation. La dissolution d’univers et de cosmos ne touche pas l’Absolu. Il existe. Ce principe parle en ce moment à l’aide de la conscience. Dans le royaume de la conscience la manifestation se poursuit sans cesse. 

Extrait de Graines de Conscience, Editions Les Deux Océans, 1982

vendredi 2 juillet 2010

Citation du 19 août 1979 (Graines de Conscience)


Maharaj : Avant que l’être soit apparu en vous, vous avez existé tout le temps, mais sans en avoir conscience. L’Absolu ne se connaît pas lui-même. Notre vrai état n’est pas l’état de connaissance, mais celui d’avant la connaissance.
Extrait de Graines de Conscience, Editions Les Deux Océans, 1982

lundi 21 juin 2010

Entretien du 21 juin 1981 (Conscience et Absolu)

Maharaj : Toute image que vous avez de vous est fausse. Demeurez dans votre Soi, c’est la vraie connaissance. Essayez de comprendre toute cette connaissance que vous recueillez en ce moment. La soi-disant connaissance que vous glanez ailleurs ne s’occupe que de l’ignorance ; elle n’atteint pas le Soi, la vraie connaissance. Tout ce à quoi le mental aspire n’est pas la vraie connaissance. On ne peut pas facilement comprendre la vraie connaissance. Si j’avais eu l’expérience du « Je suis » auparavant, est-ce que j’aurais eu le désir d’entrer dans le sein de ma mère ? Avant d’entrer dans la matrice maternelle je ne me connaissais pas, il n’y avait pas « d’être moi ». Toute la soi-disant connaissance est corrompue par les mots, ce n’est que de l’ignorance. Vous, l’Absolu, vous observez l’état d’éveil, vous savez ce qu’est la conscience, ce qu’est l’état de sommeil ; donc vous n’êtes pas ça.

Des millions de gens ont passé, où pourrais-je être parmi eux ? Il n’y a aucune individualité reliée à aucune de ces formes, mais j’ai toujours été, et je suis toujours, le fonctionnement total. Sans moi, il n’y a pas de fonctionnement. Je suis le fonctionnement total, à chaque instant, il y a des millions d’années aussi bien que maintenant.

J’ai une vision claire de ce qui précède, et pourtant il faut accepter la souffrance physique, à cause de la conscience. La conscience a pour nom souffrance. Cette vie de souffrance touche à sa fin. Ce principe, quel qu’il soit, fait l’expérience de toutes les souffrances, quand il est mis avec le corps et la conscience ; en même temps, il sait qu’il vaut des millions de dollars, comme un tonneau d’or. Ce principe, qui a compris et qui a saisi ce que la souffrance et la conscience sont, vaut des millions. Je ne m’occupe pas de la spiritualité des masses. Ici, on ne va pas vous déverser la spiritualité du commun. Ce Vous Ultime ne peut jamais être perdu ; tout ce que vous avez pu perdre n’est que des mots. Ce Vous Ultime se sait et se sent être « Je suis » sans aucun mot. Ce « Je suis » amène la connaissance du monde. Vous n’êtes pas seul, vous faites partie intégrante de la connaissance du monde.

Le Jivatman (soi individuel) s’identifie au corps-esprit en tant qu’individu séparé du monde. L’Atman (le Soi) est seulement l’être, ou la conscience, qui est le monde. Le Principe Ultime qui connaît cet étant ne peut pas être nommé du tout. On ne peut pas l’approcher ou le conditionner avec des mots. C’est l’Etat Ultime.

Je ne veux pas de disciples soumis et humbles, je les veux forts, comme moi. Je ne produis pas des disciples, je produis des Gurus.

Je veux que votre remise en question personnelle soit radicale, totale, sans conditions.

Question : Comment me stabiliser dans ma prise de conscience ?

M : Vous savez que vous êtes. Ceci est en soi la prise de conscience. Si vous pensez que vous devez être conscient, vous entrez dans l’état d’expérience. Vous voulez faire l’expérience de quelque chose. Ne considérez pas votre corps-esprit comme étant vous. L’identification au corps-esprit, ça va pour la vie de tous les jours, mais quand vous devez vous comprendre, il ne faut pas comprendre qu’on est le corps-esprit. Vous avez la connaissance du « Je suis ». Cela en soi signifie que vous êtes.

La prise de conscience, c’est cet état où la conscience s’enfonce en elle-même.

Ce corps est l’expression du produit de la nourriture consommée. La matière est consommée sous forme de nourriture, et voilà le résultat. S’il y a de moins en moins de nourriture, le corps s’amaigrit, s’étiole. Vous n’êtes pas ça, votre image est autre. (Montrant le corps : ) ce n’est qu’une boîte à mangeaille. Pourquoi cette figure maigre ? Parce que l’apport de nourriture est réduit. Le corps-nourriture, vous n’êtes pas ça. L’état d’éveil, vous n’êtes pas ça. L’état de sommeil profond, vous n’êtes pas ça. Vous connaissez l’état d’éveil. Puisque vous connaissez l’état d’éveil, vous n’êtes pas l’état d’éveil. Vous connaissez l’état de sommeil profond, vous n’êtes donc pas l’état de sommeil profond.

Q : Je n’y comprends rien, je suis perdu.

M : Ce « vous » Ultime ne peut jamais être perdu. Tout ce que vous avez perdu, ce ne sont que des mots. Qui vous a dit que vous étiez perdu ? Vous savez que vous êtes, « Je suis ».

Dès que le sentiment « Je suis » apparaît, le monde aussi apparaît. « Vous êtes » n’est pas seul, dans l’isolement. Vous êtes une part intégrale de la connaissance du monde.

Dans la hiérarchie de la conscience il y a trois étapes :

  1. Jivatman, c’est celui qui s’identifie au corps-esprit. Celui qui pense je suis un corps, une personne, un individu différent du monde. Il s’exclut et s’isole du monde comme une personne séparée, à cause de l’identification au corps et à l’esprit.
  2. Vient ensuite l’être, ou la conscience, qui est le monde. « Je suis » signifie mon monde entier. Juste l’être et le monde. En même temps que l’être le monde est ressenti – c’est Atman.
  3. Le Principe Ultime, qui sait que l’être ne peut avoir de nom. Aucun mot ne peut l’approcher ou le déterminer. C’est l’état Ultime.

J’explique cette hiérarchie avec des mots de tous les jours, par exemple : j’ai un petit fils (ça c’est jivatma). J’ai un fils, et je suis le grand-père. Le fils et le petit fils sont issus du grand-père.

Ces trois étapes, on ne peut pas les appeler de la connaissance. Le terme connaissance s’applique au niveau de l’être. Je vous ai transmis l’essence de mes enseignements.

A quoi êtes-vous identifié maintenant ? Vous êtes venu au monde avec quelle identité ? Vous voudriez quitter ce monde avec quelle identité ? Normalement les gens s’accrochent à l’identité corporelle, mais je l’ai jetée par-dessus bord – vous n’êtes pas le corps. Je vous demande : « Vous êtes quoi ? Quelle peut être votre identité, maintenant que vous n’êtes pas le corps ? ». Vous pouvez répondre ce que vous voulez, les mots seront toujours incorrects, ils seront faux.

Vous vous accrochez avec l’énergie du désespoir au corps-esprit, comme étant vous. Vous devez avoir la conviction inébranlable que vous n’êtes pas le corps-esprit, que vous n’êtes même pas la conscience dans l’être.

Faites une expérience sur vous. Vous observez un bâton ; est-ce que vous dites au bâton : « Je suis en train de t’observer » ?

Quand on est tout seul avec soi-même, rien n’est utile, aucun entretien n’est utile. Quand on se fond dans son identité véritable rien n’a plus d’importance, parce que rien n’est. Quand le « Je » s’affaisse, il ne reste plus que la prise de conscience directe.

Extrait de Conscience et Absolu, Editions Les Deux Océans 1997

samedi 5 juin 2010

Les trois miracles



Maharaj : Je ne m'occupe d'aucun miracle en dehors des trois qui sont en moi : le premier est que j'ai la faculté de voir le monde ; le second est que le monde est contenu dans cette minuscule tache de conscience que je suis ; le troisième est l'apparition de l'être à partir du non être.

Extrait de Graines de Conscience, Editions Les Deux Océans, 1982


jeudi 11 mars 2010

Qu'étiez-vous avant de "naître" ? (extrait)


Maharaj : Comprenez donc que ce que vous êtes, tant que le corps est là, est cette présence consciente. Une fois votre corps disparu, et avec lui le souffle vital, la conscience aussi s’en ira. Seul ce qui existait avant l’apparition de ce corps-avec-conscience, l’Absolu, le présent-à-jamais, est votre véritable identité. C’est cela que nous sommes tous réellement. C’est cela la réalité. Elle est ici et maintenant. Où est-il question de quelqu’un atteignant cette réalité ?

Qu’étiez-vous avant votre « naissance » ? Dans cet état, y avait-il le moindre besoin, le moindre manque, le moindre désir – y compris l’aspiration à la réalité, ou à la liberté, ou à être libéré ? En fait, c’est cela votre état originel, votre état ou nature véritable – un état de complétude, de divinité, de présence absolue et d’absence relative. La conscience, ou le sens d’être, ou l’Etre, est une réflexion de cet état, mais la réflexion du soleil n’est pas le soleil. Cette Présence Consciente, voilà ce que vous êtes, et non le corps qui ne constitue qu’une résidence de la conscience dans sa manifestation. Lorsque le corps « meurt », la conscience est libérée du corps et vous n’êtes même plus présence consciente, car alors il n’y a plus aucune présence relative. Vous êtes alors dans la Conscience Absolue originelle. Absence relative signifie Présence Absolue, sans conscience d’être présent.

Le désir de liberté, qui naît dans le cœur du chercheur au début du chemin, disparaît peu à peu lorsque celui-ci réalise qu’il est lui-même ce qu’il cherchait. La persistance de ce désir implique deux « blocs ». Tout d’abord, cela présuppose l’existence et la continuité d’une entité désirant la « liberté », alors qu’il ne peut être question de liberté pour un objet manifesté puisqu’un objet ne possède aucune existence en propre. En second lieu, ce désire repose sur le désir de se saisir intellectuellement de la réalité ; cela signifie essayer de capturer le non-connu et non-connaissable au sein des paramètres du connu ! Cela ne se peut.

Question : Quelle sâdhana pratiquer, alors ?

M : Là encore, pratiquer une sâdhana signifie présumer de l’existence d’un fantôme. Qui va pratiquer la sâdhana, et dans quel but ? Ne suffit-il pas, devant le faux, de voir sa nature de faux ? L’entité que vous pensez être est factice, est le faux. Vous êtes la réalité.

Une fois que l’on a compris, ou plutôt a-perçu, intuitivement, que l’entité ne constitue qu’une notion conceptuelle, ce qu’il reste est tout simplement une ré-intégration – Yoga – dans l’universalité. Il ne reste rien à accomplir parce qu’il n’y a personne pour le faire et, plus important encore, personne non plus pour s’abstenir de le faire ! Ce qu’il reste, c’est « être vécu » de façon purement non-volitive, parce que relativement nous ne sommes que des marionnettes dans un monde-rêve, des marionnettes mises en mouvement dans le rêve originel. C’est au rêveur individuel de se réveiller de son rêve personnel. Et cette aperception elle-même constitue l’éveil !

Ramesh Balsekar, Les Orients de l'être, Ed. du Relié

samedi 13 février 2010

Derniers entretiens (7 et fin)


Samedi 8 août 1981 – Une jeune femme interrogea Maharaj sur l’importance et l’utilité de la répétition d’un Japa. Maharaj commença par préciser qu’il prendrait ce terme dans son sens de mot porteur d’un propos délibéré et qui serait « protecteur ». « En répétant en permanence un Japa ou un Mantra, qu’il s’agisse d’un mot unique ou d’une combinaison de mots, vous avez l’intention de « protéger » quelque chose. Et que veut-on protéger le plus ? Ce que l’on « aime » plus que tout. Qu’est-ce que l’on aime plus que tout ? Ce dont l’on a le plus « besoin » ; et de quoi a-t-on le plus besoin ? Une chose en l’absence de laquelle tout le reste perd son sens, sa valeur. Et cette « chose » en l’absence de laquelle vous ne pouvez rien connaître, vous ne pouvez jouir de rien, n’est-ce pas l’animus, le sens de la présence qui anime, la conscience ? Ce « besoin » on ne peut plus précieux, c’est la conscience, que vous voulez « protéger » à tout prix ; et la meilleure façon de protéger quelque chose, c’est de ne pas la quitter. N’est-ce pas ?

Ainsi, le principal objet de la répétition continuelle du Japa est de demeurer constamment un avec la conscience. Mais vous devez comprendre que cette « pratique » ne vous permettra d’atteindre votre « objectif » que pendant la période limitée durant laquelle vous répétez le Japa – tandis que l’aperception de votre vraie nature n’est absolument pas fondée sur le concept du temps ; l’aperception est intemporalité. »

*

Dimanche 9 août 1981 – Cette même jeune femme désirait savoir si la pratique consistant à observer un « jour de silence » par semaine était bonne. Maharaj sourit et répondit que ce serait une excellente pratique si la signification du mot « silence » était clairement comprise. « J’ai entendu dire de certains Mahâtmâ et Guru, fort intéressés par la politique, qu’ils observaient des « jours de silence », durant lesquels ils ne parlaient pas mais communiquaient à l’aide d’un papier et d’un stylo. Je suis convaincu que cette pratique repose énormément leurs cordes vocales, mais cela mis à part, je doute qu’elle puisse engendrer tout autre bénéfice.

Ce que j’entends par « silence », c’est une absence totale de mots et de pensées. D’où vient le mot – avez-vous jamais pensé à cela ? Avant qu’un mot ne devienne un vocable émis oralement, il faut que ce soit une pensée : un mouvement dans la conscience et ainsi, la source du mot tout comme celle de la pensée est la conscience. Lorsque vous aurez compris ceci, vous comprendrez aussi que le silence parfait ne peut exister que dans l’absence de toute pensée – que lorsque cesse la pensée, et que la conceptualisation et l’objectivation sont également suspendues. Lorsque la conceptualisation cesse, l’identité, qui constitue la base de la conceptualisation, ne peut persister et dans cette absence d’identité il n’existe aucun attachement. »

*

Mardi 18 août 1981 – Ce matin là, Maharaj était trop faible pour parler. Quelqu’un suggéra d’écouter l’un des enregistrements de ses entretiens, et il en fut d’accord. Au bout d’une vingtaine de minutes, il demanda à ce que l’on arrête la cassette. Il s’assit dans son lit avec difficulté, et murmura : « Pensez à ce que vous venez d’entendre – à ce que vous avez entendu et, infiniment plus important, à qui l’a entendu. »

Après ce bref message murmuré, les mots échappèrent au maître. Sa gorge s’étrangla. Il ferma les yeux, ses frêles ressources physiques aux prises avec une douleur atroce.

Ramesh Balsekar, Les Orients de l'être, Ed. du Relié

mercredi 10 février 2010

Derniers entretiens (6)

Vendredi 17 juillet 1981 – C’était le jour sacré de Guru Pûrnimâ (la fête du guru), et Maharaj a certainement dû puiser dans ses ressources physiques faiblissantes pour prononcer quelques mots en ce jour mémorable. Il était assis dans son lit et portait un gros pull-over malgré la chaleur qui régnait dans la pièce, les fidèles étant venus en masse. Il parla tout d’abord d’une voix faible, mais celle-ci parut bientôt acquérir une nouvelle vigueur. « Vous êtes venus ici en espérant sans discontinuer que je vous donnerais un programme vous indiquant quoi faire pour obtenir la « libération ». Et moi, je ne cesse de vous répéter que puisqu’il n’existe aucune entité en tant que telle, la question de l’attachement ne se pose pas ; et que si l’on n’est pas attaché, il n’existe aucun besoin de libération. Tout ce que je puis faire, c’est vous montrer que ce que vous êtes n’est pas ce que vous pensez être.

Mais pour la plupart d’entre vous, ce que je dis est inacceptable. Et certains d’entre vous vont ailleurs, où ils se réjouissent de recevoir une liste de choses à faire et à ne pas faire. Qui plus est, ils obéissent avec foi et diligence à ce genre d’instructions. Mais ils ne réalisent pas la chose suivante : quelle que soit la pratique à laquelle ils vont s’adonner en tant qu’entité, cette pratique ne va que renforcer leur identification à l’entité illusoire, et la compréhension de la Vérité restera donc toujours autant hors d’atteinte.

On s’imagine qu’on doit d’une façon ou d’une autre se transformer, passer du stade d’être humain imparfait à celui d’être humain parfait appelé Sage. Si seulement on pouvait voir l’absurdité de cette idée ! Celui qui pense ainsi n’est lui-même qu’un concept, une apparition, un personnage dans un rêve. Comment un pur fantôme pourrait-il s’éveiller d’un rêve en se perfectionnant ?

Le seul « éveil » qui soit est l’aperception de cela-qui-est. Et il n’est nullement question d’un « qui » dans cet a-percevoir, car l’a-percevoir lui-même est notre nature véritable ; et la condition indispensable et préliminaire à un tel a-percevoir, est la disparition de l’objet manifesté. Ce qui est a-perçu est la manifestation dans sa globalité, et non pas la vision d’un « qui » se maintenant en observateur séparé. L’a-percevoir est le fonctionnement total de l’Absolu – l’a-percevoir est ce que vous êtes. L’univers qui apparaît dans la conscience est un miroir qui réfléchit chaque être doué de perception – en d’autres termes, la conscience constitue la source même de l’univers apparent. La conscience n’est pas différente de son contenu manifesté.

Et cet a-percevoir n’a absolument rien à voir avec un « qui », avec une apparition dans la conscience qui ne représente qu’une infime parcelle du fonctionnement total. La compréhension profonde et intuitive de ce fait constitue le seul « éveil », ou « illumination », la seule « libération » illusoire d’un « attachement » illusoire, l’éveil du rêve vivant.

Que fait le guru ? Le guru réalisé fait la seule chose qui puisse être faite : il montre du doigt le sad-guru qui réside en chacun. Le sad-guru est toujours présent, que vous vous souveniez de lui ou non, mais une coopération constante avec lui – quoi que vous puissiez faire – est tout ce qui est nécessaire. Tout autre effort, tout autre action volitive, ne sera non seulement d’aucune aide, mais constituerait une entrave et un danger. »

*

Dimanche 26 juillet 1981 – C’était la foule habituelle du dimanche matin. La pièce était bondée. Maharaj sourit et dit : « Les gens ont beau savoir que je ne me trouve guère en mesure de parler, ils continuent à venir me voir. Qu’espèrent-ils obtenir ? » Au prix d’efforts considérables, et avec l’aide de l’élève qui s’occupait de lui, il s’assit. Il balaya la pièce du regard et déclara qu’il ne pouvait reconnaître les visiteurs, mais si ceux-ci avaient des questions, surtout qu’ils ne les répriment pas. « Essayez cependant, ajouta-t-il, de garder à l’esprit que sur le plan intellectuel, les questions sont sans fin. »

Un visiteur demanda : « Au cours de la quête de notre vraie nature, le monde, à l’extérieur, et l’esprit, à l’intérieur, créent de nombreuses entraves. Pourquoi ? Et que doit-on faire ? » Maharaj répondit promptement : « Accrochez-vous à celui qui cherche. C’est là tout ce que vous avez besoin de faire et en fait, il n’existe rien d’autre que vous puissiez réellement faire. Si vous vous en tenez à cela – ne jamais laisser celui-qui-cherche vous échapper – vous finirez par découvrir que le chercheur n’est nul autre que la conscience en quête de sa source, et que le chercheur lui-même est à la fois la quête et le cherché, et que cela est vous. »

Il y eut plusieurs autres questions dont Maharaj s’acquitta plus ou moins sommairement, car elles avaient trait au comportement dans le monde. « C’est la nature, ou conscience en action, qui est responsable de la croissance spontanée du corps de l’instant de la conception à la naissance physique, et après quoi de l’enfance jusqu’au plein développement de la jeunesse, pour finir par la dégradation. Pourquoi acceptez-vous tout à coup la responsabilité des actions du corps, et par là l’attachement de la rétribution de telles actions ? »

Finalement, vers la fin, vint la question suivante : « Existe-t-il une différence entre une personne qui est un Ava-dhûta (celui qui est libéré des attaches du monde) et une autre qui est un Jnâni (celui qui est parvenu à la connaissance de la vérité) ? Je pose cette question parce que je voudrais savoir comment une personne réalisée agit en ce monde. »

Maharaj éclata de rire. « Tous vos mots qui forment des questions et tous mes mots qui forment des réponses semblent tout pareillement se fondre dans le néant ! Si une seule de mes réponses avait atteint son but, il n’y aurait plus aucune question. Aussi, en un sens, tout cela est pour le mieux ; vos questions continuelles et mes réponses contribuent les unes comme les autres à faire passer le temps d’agréable façon ! D’ailleurs, il n’y a rien d’autre à faire puisqu’il n’existe aucun « objet » à ce que nous considérons comme l’Univers – tout cela est la Lîlâ, et nous entrons dans la danse. Mais cela, il nous faut bien le comprendre.

Ceci étant, voyons votre question. Ava-dhûta, Jnâni, réalisé, tous ces noms désignent un état, dont le postulat de base même est la négation totale d’une entité individuelle séparée ; et pourtant la question se fonde sur la notion qu’un être libéré est une « personne », et vous voulez savoir comment cette personne agit dans le monde. Voyez-vous la contradiction ? Dès qu’il y a réalisation, la différence entre un soi et les autres disparaît et avec elle, bien évidemment, disparaît aussi la notion d’un quelconque « faire » de cette pseudo-personnalité, disparaît la notion d’être l’auteur de ses actions. Par conséquent, une fois que la réalisation est survenue – et comprenez bien que « personne n’acquiert » la réalisation – il ne saurait demeurer aucun sentiment de volition, ou de désir, ou de choix des actions.

Je vous en prie, essayez de comprendre la portée de ce que je viens de dire. Si vous avez compris mes paroles, vous aurez également compris qu’il ne saurait exister une « personne réalisée » et donc, qu’il ne peut être question de savoir comment une personne réalisée agit dans le monde. Qu’arrive-t-il alors à « son » corps ? La réponse aux situations extérieures est spontanée, de nature intuitive, sans aucune interférence de l’esprit divisé individuel, ce qui exclut ainsi toute question d’activité volitive. »

Ramesh Balsekar, Les Orients de l'être, Ed. du Relié

mercredi 3 février 2010

Derniers entretiens (5)

Mardi 14 juillet 1981 – Il y avait là un groupe de trois visiteurs qui venaient voir Maharaj pour la première fois. Bien que s’étiolant dans son lit et d’une extrême faiblesse, Maharaj leur demanda s’ils avaient des questions. Après un bref conciliabule à voix basse, ils s’accordèrent à ne poser qu’une question : « Maharaj, nous poursuivons tous trois une certaine sâdhanâ depuis un certain temps, mais il semble que nous ne progressions pas comme il conviendrait. Que devrions-nous faire ? »

« L’objectif de tout effort, répondit Maharaj, est d’obtenir quelque chose, quelque bénéfice qui nous échappe encore. Qu’essayez-vous d’obtenir ? »

La réponse fut nette et sans détour : « Nous voulons devenir comme vous, nous éveiller. »

Maharaj eut un rire et s’assit dans son lit. Une fois que sa position eut été rendue plus confortable par deux oreillers lui soutenant le dos, il poursuivit : « C’est là que réside tout le malentendu – penser que vous êtes une entité qui doit effectuer quelque chose afin de devenir semblable à l’entité que vous pensez que je suis ! C’est cette pensée-là, l’identification à une entité, qui constitue « l’attachement » - et rien, absolument rien d’autre que la désidentification ne pourra engendrer la « libération ».

Comme je l’ai dit, vous vous voyez et vous me voyez comme des entités, des entités séparées ; moi, je vous vois exactement comme je me vois moi-même. Vous êtes ce que je suis ; mais vous vous êtes identifiés à ce que vous pensez être – un objet – et vous recherchez la libération de cet objet. N’est-ce pas là une gigantesque farce ? Un objet peut-il avoir une existence indépendante et décider de ses actes ? Un objet peut-il être attaché ? Et libéré ? »

Le questionneur joignit les mains, inclinant la tête pour marquer son respect, et avec la plus grande révérence admit que les paroles de Maharaj ne pouvaient assurément pas être remises en cause en tant qu’idée théorique, mais que sûrement, même si les gens ne sont que des entités fictives, rien de plus que de simples apparitions dans la conscience, comment pouvions-nous vivre dans le monde à moins d’accepter une certaine « réalité » des diverses entités de la vie ?

Cette discussion semblait insuffler un extraordinaire élan à Maharaj, et la faiblesse de sa voix disparut peu à peu : « Vous voyez combien le sujet est subtile, dit-il. Vous avez fourni la réponse à votre propre question, mais elle vous a échappé. Vous venez de dire que vous savez que l’entité en tant que telle est totalement fictive et ne possède aucune indépendance en propre – ce n’est qu’un concept ; mais cette entité fictive doit mener sa vie normale. Où donc est le problème ? Est-il si difficile de vivre normalement, sachant que la vie elle-même est un concept ? Avez-vous saisi ? Une fois que vous avez vu la nature de faux du faux, une fois que vous avez vu la nature duelle de ce que vous appelez la « vie » – et qui en réalité est le vivre – le reste devrait être simple ; aussi simple qu’un acteur jouant son rôle avec entrain, sachant que ce n’est qu’un rôle qu’il joue dans une pièce de théâtre ou un film et rien de plus.

Reconnaître ce fait avec conviction, a-percevoir cette situation, voilà toute la vérité. Le reste est participer au jeu. »

*

Jeudi 16 juillet 1981 – Seuls quelques visiteurs réguliers étaient présents. Maharaj, bien que visiblement épuisé, demanda que quelqu’un pose une question, ou nous expose quelque chose ! Aussi, l’un d’entre nous commença-t-il par ces mots : « La conscience que j’ai… »

S’il s’était agi d’un visiteur occasionnel, Maharaj n’aurait certainement pas relevé l’implication de ce qui venait d’être dit. Mais celui-là était un « habitué », qui aurait dû mieux savoir. Maharaj lança un « Stop ! » tonitruant. En dépit de son état asthénique, l’injonction retentit comme un coup de canon. Il lança un regard furibond à l’orateur : « Que voulez-vous dire, par « La conscience que j’ai » ? Réalisez-vous le non-sens que vous venez de proférer ? Comment pouvez-« vous » ou n’importe qui d’autre, avoir la conscience ? Réalisez-vous la grandeur inimaginable, la sainteté de ce que vous appelez si légèrement « la conscience » ? Donnez-lui le nom que vous voudrez, le mot n’est pas ce qu’il signifie. Comment pouvez-vous oublier la vérité fondamentale que la conscience est l’expression même de ce-que-nous-sommes ? C’est par une mise en mouvement de la conscience que l’Absolu devient conscient d’être au travers de la manifestation, et tout l’univers vient à l’existence.

Peut-être est-ce par inadvertance que vous avez prononcé ces mots, je n’en ai aucune idée, mais cette inadvertance même montre la puissance du conditionnement qui vous fait vous identifier au corps. Vous pensez que vous êtes le corps et que le corps possède la conscience. Si vous devez considérer le sujet en termes de l’un possédant l’autre, c’est assurément la conscience qui est en possession, non seulement du corps que vous pensez être, mais également des millions d’autres corps au travers desquels la conscience fonctionne en tant que Prajnâ. »

Ramesh Balsekar, Les Orients de l'être, Ed. du Relié