vendredi 27 février 2009

Entretien du 11 mai 1980 (A la Source de la Conscience)

Maharaj : Dans le corps la conscience observe, elle est un témoin de ce qui arrive, quant au comportement il dépend des trois gunas. La conscience pénètre toutes choses, elle est sans forme, semblable à l’espace.

Est-ce qu’une maladie, une douleur, a une forme ? Il s’agit simplement d’un mouvement au sein de la conscience. Le connaisseur de la conscience, lui, ne ressent pas la douleur et c’est uniquement parce que la conscience s’est identifiée au corps que ce corps ressent la douleur. Même si le corps est blessé, s’il est inconscient il n’y a pas de douleur car ce n’est pas le corps qui ressent la douleur. Quand il se produit une perturbation dans l’équilibre des cinq éléments entre eux, la maladie apparaît et maladie et douleur sont ressenties par la conscience.

Tout comme à l’approche de l’hiver il y a de moins en moins de chaleur, quand il y a de moins en moins d’identification avec le corps, la douleur est de moins en moins ressentie. Lorsqu’une absence totale d’identification est atteinte cela peut aller jusqu’à plonger sa main dans le feu sans ressentir la moindre douleur. La brûlure du feu se produira mais la douleur ne sera pas ressentie.

Supposons qu’à un certain moment je ressente une douleur et que survienne un événement qui détourne mon attention. Cet événement constitue une diversion et je ne ressens plus la douleur éprouvée auparavant ! Souvent j’éprouve une démangeaison sur tout le corps et je me gratte, mais je ne veux pas le faire quand je suis assis avec vous et je supporte la démangeaison. Du fait de cette tolérance, elle disparaît. Autrement, si on commence à se gratter cela ne fait qu’empirer et, la peau écorchée saignant, la démangeaison se poursuit toujours. En marathi il y a un proverbe qui dit « Ne provoquez pas la démangeaison par le grattage ». La plupart des douleurs ressemblent à cela si vous leur prêtez attention, vous les suscitez et ensuite vous avez à en prendre soin. Ne leur prêtez pas attention, ignorez les symptômes et ils seront déroutés. Vous devez posséder la capacité d’ignorer ou de supporter la douleur.

La conscience dans le corps demeure intouchable, c’est sa nature. Quand vous vous identifiez au corps vous pouvez la souiller conceptuellement, mais de par sa nature elle est très pure. Le souffle vital est aussi très pur, mais l’être est encore plus pur. Je parle ici d’Atman, le Soi. Une telle compréhension à de quoi développer un grand sentiment de frustration en celui qui ne voit pas les choses sous leur vrai jour. L’intention est de montrer les choses dans leur véritable perspective. L’ayant vu, vivez votre vie dans le monde au mieux de vos capacités.

L’immortalité est au-delà du temps et de l’espace. Dans cette existence de non-temps et de non-espace les cinq éléments n’ont aucun accès, pas plus que l’obscurité ou la lumière, le soleil ou la lune. L’existence dépourvue de temps et d’espace ne sait pas qu’elle est. Voilà la réalité, voilà la vérité.

Normalement, un chercheur ordinaire ne comprends pas où je veux ne venir parce que ce qu’il recherche est un objet dont il puisse jouir. Que désirez-vous en tant que chercheur de vérité ? Des avantages dans le monde vous permettant d’améliorer votre vie quotidienne ! C’est le maximum de ce que vous espérez obtenir de la spiritualité. Les soi-disant Sages poursuivant une démarche spirituelle ont, eux aussi, fixé leur ambition sur la perspective d’une vie quotidienne confortable...

Pourquoi ce foutu être est-il là ?... Cela, personne ne se le demande !

Seuls ceux pour qui péchés et vertus ont touché à leur fin visitent cet endroit avec profit. Tant que cette tare – la conviction d’être un intellect et un corps – subsistera, vous ne comprendrez pas.

L’ensemble total de tous ces entretiens est appelé Sat-Guru-Parabrahman, un état sans demandes, sans besoins. Mon état est ce qui n’a jamais connu la création ou la dissolution de l’univers. Jusqu’ici je n’ai pas parlé de cela ; je demeure immuable au travers des créations et des dissolutions de l’univers. 

 

Extrait de A la Source de la Conscience, Editions Les Deux Océans, 1991

mercredi 25 février 2009

Entretien du 23 avril 1980 (A la Source de la Conscience)

Maharaj : Devenez ami avec votre état indifférencié, avec le vrai Soi. Il n’y a jamais eu de dualité, vous demeurez néanmoins prisonnier de l’illusion de ne pas faire un avec lui.

J’ai compris ma véritable nature, elle est toujours vivante, mais pas de la façon dont tout le monde le croit. Je ne tiens pas à vivre cette vie en m’appuyant sur les connaissances ou les expériences du monde objectif. On me dit que je dois vivre... vivre ainsi ne m’intéresse pas ! Je suis vivant parce que telle est ma nature. C’est là, l’existence est là. Je suis uniquement ici à la suite de cette existence. Mon état véritable – qui est complet, indifférencié – est au-delà de vie et de la mort. Je ne suis jamais contraint par le corps et l’intellect, je suis sans limites.

Moi, Absolu, n’avait jamais expérimenté le fait d’être vivant et à présent je fais l’expérience « je suis vivant » et celle de tous les problèmes qui en découlent ; une expérience limitée dans le temps et dans l’espace. Mais le jour où j’ai tout compris, j’ai découvert que je n’avais jamais réellement fait l’expérience d’être vivant, que je suis un état bien au-delà de l’expérience.

Pourquoi est-ce arrivé ? Mon Guru m’a clairement expliqué que le « Je-conscience » est apparu, que ces expériences ont été éprouvées de manière à ce qu’il soit possible de voir la vraie nature du « Je-conscience », d’aller à sa source et de découvrir d’où vient ce « Je ».

Visiteur : Si je suis malade et inconscient et que Maharaj soit malade et inconscient, quelle différence y aura-t-il entre nous ?

M : Je connais ma véritable nature, je suis Cela, tandis que vous demeurez limité à un corps et une mémoire. Alors si vous vous sentez malade faites venir le médecin, il pourra peut-être quelque chose pour vous... ! Vous avez toutes ces notions, moi je n’ai rien. Je repose au sein de ma vraie nature alors que vous avez pris une couverture sous laquelle vous ne trouvez pas le repos !

N’est-il pas vrai, quand vous êtes malade, que vous ne pensez à rien d’autre que votre maladie... ? Pourquoi êtes-vous entré dans un tel circuit ?

Quand je vous parle ne vous efforcez pas de me comprendre à partir de ce corps-intellect. Votre état véritable est toujours présent, il n’est pas parti se réfugier ailleurs. Vous ignoriez que cet état avait toujours été là et, bien qu’à présent vous le sachiez, vous n’avez rien accompli...Il est toujours présent, il est là de tout temps !

Sur mon état véritable, homogène, uniforme, s’est formée une minuscule ondulation, elle transmettait la nouvelle « Je suis ». Cette nouvelle a fait toute la différence et j’ai commencé à connaître ceci. A présent je connais mon état véritable, donc je comprends d’abord ma vraie nature et je comprends ensuite que cette ondulation « Je suis », va et vient à la surface de ma vraie nature. Vous éprouvez, malheureusement, un grand intérêt pour cette ondulation, mais aucun intérêt pour votre vraie nature !

C’est du sein de mon existence en tant que noumène qu’est apparu le phénomène, cet état actuel. L’homogène comprend le jeu des attributs, les projections de l’esprit, mais les projections de l’esprit – ce mouvement perpétuel – ne peuvent pas comprendre l’homogène, l’immuable. Au moment où cela peut se produire, les projections deviennent une avec lui. Tout le monde s’efforce en vain de comprendre la signification de tout cela. Vous ne comprenez pas parce que vous demeurez emmailloté dans tous ces langes « Je suis ceci et cela » ! Libérez-vous... rejetez tout ça !

Le point de vue ultime est qu’il n’y a rien à comprendre. Donc quand nous nous efforçons de comprendre il s’agit d’une complaisance envers les acrobaties de la pensée.

Tous ces éléments spirituels que vous avez tellement soif de connaître, habitent le monde objectif, sont dans l’illusoire. Toutes vos activités matérielles et spirituelles appartiennent à cette illusion. Tout ceci se produit dans le monde objectif, tout cela n’est que malhonnêteté ; il n’y a rien au sein de cette fraude.

V : Durant la méditation, la nuit dernière, j’ai éprouvé un pur état « je-je ». J’ai compris qu’il s’agissait de la rencontre du Soi.

M : Est-ce là votre compréhension du Soi ? Recrachez-la ! Quoi que vous ayez pu comprendre vous ne l’êtes pas ; pourquoi vous perdez-vous dans ces concepts ? Vous n’êtes pas ce que vous savez, vous êtes ce qui sait ! 

 

Extrait de A la Source de la Conscience, Editions Les Deux Océans, 1991

dimanche 22 février 2009

Entretien du 19 février 1980 (Ni ceci, ni cela)



Visiteur : J’ai lu « Je Suis » et j’ai décidé de venir vous voir.

Maharaj : Ayant lu le livre êtes-vous parvenu à l’état témoin ?

V : Je l’ai compris mais je ne l’éprouve pas. Mon agitation cérébrale ne s’est pas calmée.

M : N’avez-vous aucune intuition sur la manière dont vous vous trouvez relié à votre véritable nature ?

V : Un petit peu.

M : Avez-vous des questions à poser ?

V : Je vous serai très reconnaissant si vous pouvez m’indiquer comment avoir l’esprit en paix !

M : Grâce à l’Atman, votre appui, votre support, vous êtes relié par le corps au reste du monde. Cet appui n’est autre que la connaissance « vous êtes ». Méditez sur le principe vous permettant de percevoir « vous êtes », le principe grâce auquel vous faites l’expérience du monde. Méditez sur cette constatation qui n’est autre que la conscience, établissez-vous dans ce « vous êtes ».

V : Mais je n’obtiens pas une telle concentration.

M : Ignorez votre esprit pensant de la même manière dont vous ne prêtez aucune attention à la foule que vous croisez dans la rue.

V : Je vais essayer.

M : Cet esprit pensant est en fait un principe dynamique universel mais nous, nous l’avons mutilé en le ramenant aux dimensions du corps, nous nous sommes placés sous sa dépendance et de là proviennent tous nos maux. Regardez l’eau du lac de Tensa. Cette eau appartient à tout Bombay, elle alimente les canalisations de toutes les maisons. Pouvons-nous prétendre que cette eau soit mienne ou vôtre ?

Voyez bien que le moi réel est universel. C’est par erreur que nous le limitons à un corps, erreur qui crée tous nos problèmes. On peut également l’appeler Ishwara, Dieu, le principe universel. Si vous vous fixez à ce niveau une sagesse profonde se lèvera en vous et vous connaître la paix.

V : Je m’efforce de méditer, mais mes pensées vagabondent de ci, de là. M’efforcer de demeurer indifférent aux flots des pensées est un processus qui, je le crains, peut être long.

M : N’êtes-vous pas la racine même de tout processus ?

V : La racine de tout ce qui existe est la vie.

M : Oui, mais cette force de vie est universelle, elle n’est pas personnalisée. Quand vous aurez pris clairement conscience de cela, vous n’aurez plus aucun ennui.

V : C’est exact, mais quand l’esprit bat la campagne, je ne m’en sors pas. Quelquefois je ressens bien que la vie est universelle, mais un instant plus tard elle redevient individuelle. Comment me débarrasser de ces continuels changements ?

M : Il ne s’agit ici que de façon de parler. L’eau est universelle, vous l’employez lorsque vous en avez besoin. De même, utilisez les pensées pour remplir vos fonctions et le reste du temps laissez-les couler d’elles-mêmes, sans interférences, sans desseins, comme l’eau d’une rivière dans laquelle vous ne puisez que lorsque cela vous est nécessaire.

Ce qui est dit ici est destiné aux gens intelligents (à un visiteur indien). Que faites-vous ici, vous perdez votre temps ! Vous n’allez rien comprendre à ces conversations, vous vous contentez de chanter les bhajans à la gloire d’un dieu !

(Au premier visiteur). Savez-vous pourquoi je respecte les visiteurs étrangers ? Parce que ce sont des chercheurs persévérants, ils veulent obtenir la vérité qu’ils pressentent mais n’ont pas encore réussi à localiser.

V : C’est vrai, lorsqu’ils abordent un sujet ils l’étudient en profondeur.

M : Bien que nous parlions ensemble tous deux, nous ne sommes en fait pas là. C’est le thème d’aujourd’hui.

Au commencement il n’y a personne, uniquement possibilité d’être. Puis instantanément il y a un, deux. Le sujet traité aujourd’hui est la façon dont ces deux se réduisent à un et finalement à rien.

De la vacuité est spontanément ressenti une présence, le sentiment d’existence. C’est un. Ensuite, quand la possibilité d’existence éprouve « je suis », la dualité apparaît , s’identifie plus tard à une forme et ainsi de suite. Mais en fait se référer au sentiment d’existence pour poser « un » est faux parce que dans cet état prédomine seulement une possibilité, un potentiel d’être, c’est quand il est perçu que le un et le deux apparaissent simultanément.

Pour dire « quelque chose est », je dois en premier être là. Si « je » ne suis pas, « je » ne peux pas dire « quelque chose est ». Donc en spiritualité le principe fondamental est ce « je » qui doit être présent avant quoi que ce soit d’autre. Ce « je » est l’être, qui est forcément premier.

V : Vous avez dit au début « il y a un » et aussi « il n’y a personne » !

M : Quand on regarde profondément en soi-même, c’est-à-dire quand on se fixe au sein de sa nature véritable, il n’y a personne.

V : Mais quand on se fond en soi-même on demeure pourtant un !

M : Dans une formulation raisonnée cela apparaît ainsi, il n’existe pourtant rien de semblable.

V : Vous avez dit que la vie est éternelle, donc la vie est présente !

M : Mais il ne s’agit pas de la vie d’un individu. C’est l’Absolu transcendant, la conscience universelle.

V : La vie est éternelle, ce qui veut bien dire que la vie est là pour toujours !

M : Oui, potentiellement la vie est toujours présente. Mais aucune perception n’est possible si une forme corporelle n’est pas disponible. Quand le corps meurt les sens cessent de fonctionner et cette entité vie ne peut plus percevoir le monde. L’existence d’un univers perceptible n’est possible que lorsqu’une forme corporelle est présente, dotée de connaissance et d’activité. Le point essentiel à comprendre ici est qu’un observateur disposant de sens en ordre de marche doit exister pour qu’un univers également existe. L’intellect doit interpréter les messages des sens pour conclure que l’univers existe. Si l’intellect ou les sens de l’observateur cessent de fonctionner, l’univers de l’observateur cesse d’exister.

V : Mais ces sens permettant de voir, toucher, parler, appartiennent au corps et non pas à l’Atman.

M : Sans Atman les sens ne peuvent pas fonctionner, mais lui demeure dans l’essence du corps.

V : L’Atman peut changer de corps ?

M : L’Atman n’a pas de corps, comment pourrait-il en changer ? Il suppose par erreur que « je suis » signifie le corps.

V : Donc l’Atman est quelque chose distinct du corps ?

M : Atman n’est pas l’individu, il vous faut nettement comprendre cela. Atman éprouve le sentiment d’être grâce à un corps en possession de sens en ordre de marche, autrement Atman ne se ressent pas lui-même.

V : Pour parvenir à cela dois-je méditer ?

M : Oui, la méditation est nécessaire. Si vous pouvez méditer continuellement c’est très bien, mais avec les occupations de la vie quotidienne c’est rarement possible. La méditation pratiquée aux premières heures du jour est utile et efficace. Mais vous pouvez la pratiquer chaque fois que vous en aurez le temps. Les chercheurs ardents peuvent méditer n’importe quand. Au début vous devez vous asseoir dans un endroit tranquille avec beaucoup de temps devant vous, l’esprit au repos. Lorsque vous vous serez apaisé, stabilisé, il vous sera possible de méditer n’importe où et n’importe quand.

Imaginons un chercheur déjà avancé assis en méditation. Il s’est totalement perdu en lui-même. Il n’est pas conscient de ce qui se passe autour de lui parce que son attention est entièrement focalisée sur l’attention. De plus, dans cet état rien ne peut lui arriver. Votre méditation doit atteindre une telle qualité. Ce n’est pas difficile, quelqu’un profondément préoccupé est-il distrait par ce qui se passe autour de lui ?

Quand vous êtes en méditation, la notion « je suis » s’imprègne de « je suis » à l’exclusion de tout autre chose. Au sein d’un tel état se révèle intuitivement comment et pourquoi ce sentiment « je suis » a fait son apparition.

V : Grâce à l’état « je suis » ?

M : Conscience, contact avec l’être, sentiment « je suis », tout cela veut dire la même chose. Tout cela est en vous avant l’apparition des mots.

Il y a ici un point délicat, tâchez de le comprendre clairement. Quand je dis « avant la conception je n’étais pas » cela signifie que je n’étais pas semblable à ce « je suis » actuel. Mais le « je » à même de se rendre compte de cela se devait d’être présent pour pouvoir apprécier l’absence du « je suis » actuel. Etant donné l’absence du corps, le « je » antérieur à la conception n’a aucun sentiment d’être, aucun sentiment « je suis ». C’est à l’arrivée du corps que « je suis » s’impose à ce « je » initial.

Seule la méditation vous révélera comment et pourquoi il est apparu. Vous devez être animé sans cesse par le besoin de découvrir ce qu’est ce sens du « je suis ». Si vous constatez que votre chambre a une odeur épouvantable vous n’aurez de cesse que la source de cette puanteur soit découverte et lorsque vous aurez trouvé un rat mort vous irez précipitamment le jeter. Si au contraire un parfum délicieux vous atteint, vous aller tenter de chercher à découvrir la fleur dont il est issu. Il vous faut remonter à la source de ce parfum « je suis » et atteindre son « pourquoi » et son « comment » !

V : Comment remonter à la source ?

M : En partant du niveau corps-pensant vous ne trouverez rien. C’est le principe qui va tout seul se découvrir lui-même. Quelqu’un, que vous pouvez appeler Bhagawan, Vasudev ou Seigneur ou Dieu, est tellement épris de ce parfum qu’il veut le perpétuer.

V : Un jour mes efforts porteront leurs fruits et je le découvrirai automatiquement ?

M : Sa signification sera annulée, dissoute au moment même où vous l’aurez découvert et vous serez libéré de cet engouement de Vasudev.

V : Autrement dit, je crois qu’à partir du moment où vous le ressentez vous n’avez pas besoin d’aller le chercher, il vient automatiquement vers vous et lorsque vous l’avez compris vous pouvez l’utiliser comme vous l’entendez.

M : Dans cet état vous serez bien au-delà de volonté et désir ! Vous n’aurez plus besoin de quoi que ce soit, aucun désir ne subsistera parce qu’ils seront tous comblés.

V : Oui, mais ce que je voulais dire c’est que je me serai enfin uni à cet état.

M : Vous n’en avez jamais été séparé, pourquoi parler de réunion ?

V : Mais dans mon état actuel je me considère seulement comme un corps !

M : C’est le concept que vous avez adopté et il vous trompe.

V : Mais quand j’aurai enfin trouvé cela je serai libre !

M : (Maharaj cite un hymne de Guru Nanak) « Oh esprit pensant, que cherches-tu ? L’intérieur et l’extérieur sont une même chose, seul un concept te les montre comme intérieur et extérieur. Quand délivré du concept « je suis le corps » le pot de terre nommé Nanak se brise, où est l’intérieur, où est l’extérieur… ? Il n’y a plus que « Je » prédominant en toute chose ».

Nanak a dit aussi : « Ce sentiment « je suis » est dans le corps comme le parfum dans la fleur, l’image dans le miroir ! Abandonne donc ton nom, Nanak, et aussi ton identification à ce corps ».

Demeurez fidèle à ce sentiment « je suis » et vous serez libéré.

V : Quand je m’efforce de toucher le moi profond il me semble que cela crée d’autres moi.

M : Mais qui donc remarque ces multiples moi ? Une pensée produit d’autres pensées. Qui voit la pensée initiale ?

V : C’est ce que je voudrais savoir !

M : Vous seul observez la pensée initiale. Si l’observateur de la pensée initiale n’était pas vous comment pourriez-vous percevoir les autres pensées ? Si vous comprenez ce processus dans sa totalité tout est terminé, vous pouvez repartir.

Exposer, expliquer les concepts est facile, mais les comprendre et les abandonner est difficile et rare.

V : Comment se débarrasser des pensées et de la formation de nouveaux concepts sur la manière de s’en débarrasser ? Si pensées et concepts disparaissent, serais-je « un avec cela » ?

M : Ne vous efforcez pas de devenir quelque chose, ne faites rien. Sans penser à aucun de ces mots, demeurez tranquille. Quand un mot jaillit, il crée un sens, une signification que vous chevauchez et qui vous emporte au galop. Demeurez éveillé à l’état qui précède le jaillissement du mot. Vous faites la queue derrière les mots et vous prétendez être à la recherche de vous-même ! Avez-vous approché des sages ?

V : Non, c’est la première fois.

M : Avez-vous lu des livres de spiritualité ?

V : J’ai lu Guru Bani, Paul Brunton, Ramana Maharshi.

M : Vous avez atteint la maturité spirituelle, c’est pour cela que vous êtes ici et que vous vous efforcez de comprendre. Les autres se disputent avec moi. Ils bouillonnent de concepts, s’enfièvrent, débordent et n’arrivent même pas à entendre ce que je dis. Au niveau du corps-intellect votre identité a continuellement changé, aucune n’est demeurée constante et fidèle. Alors d’où vient cette attirance pour ces identités vous poussant à affirmer « je suis comme ci, je suis comme ça » ?

V : Par moment, je me sens comme ceci et par moment comme cela, oui. C’est mental !

M : Qui d’autre que vous peut percevoir ces moments ? Vous êtes l’unique observateur de ces différents moments. Tout ce qui est vu dans ces différents moments, tout ce qui est perçu à l’intérieur ou à l’extérieur, vous ne l’êtes pas.

V : Je m’efforce de comprendre.

M : Durant la méditation vous pouvez avoir la conviction « je suis uniquement Guru Nanak » comme d’autres ressentent « je suis Krishna ». Ces identités n’ont aucune stabilité. C’est l’observateur de ces identités qui est stable et c’est vous qui êtes l’observateur, l’éternel.

Prenez l’exemple d’un pauvre acteur jouant le rôle d’un roi avec tant de talent qu’il est félicité par tout le monde, ce n’est pas pour cela qu’il devient roi ! Vous, vous n’êtes pas d’avantage Guru Nanak, vous êtes l’observateur. Tout ce que vous voyez et percevez est le jeu de Maya, le principe d’illusion.

  

Extrait de Ni ceci, ni cela, Editions Les Deux Océans, 1986

vendredi 20 février 2009

Entretien du 07 novembre 1980 (A la Source de la Conscience)

Visiteur : La conscience est liée au temps, ce que je suis est donc également limité par le temps ou bien existe-t-il quelque chose d’éternel ?

Maharaj : Tant que le corps est là vous êtes cette conscience, mais le corps et la conscience une fois disparus vous êtes cet état originel sur lequel tout cela s’est échafaudé en tant qu’état temporaire. Votre état originel est permanent et immuable.

La difficulté tient à ce que vous êtes tous à la recherche de Cela, oubliant que Cela... vous l’êtes ! Vous, le sujet, cherche Vous en tant qu’objet, mais vous êtes ce que vous cherchez ! Dès qu’il y a pose, qu’une attitude n’est pas spontanée, la peur s’installe. Quiconque assume le personnage d’un chercheur est obligé de suivre les pratiques et comportements traditionnels des chercheurs et donc leurs limitations, vous n’êtes plus libre.

Quel est le but de ce que je suis en train de dire ? C’est une attaque directe de l’identification au corps et aux idées. Tant que cette identification durera mes attaques se poursuivront. Quand la perte de cette identification au corps et aux images se produira, Brahman lui-même viendra mains jointes se prosterner à vos pieds.

V : Cette perte de l’identification se produit-elle graduellement ou soudainement ?

M : Cela dépend de la manière dont vous la regardez. Si vous l’attendez, cela se fera graduellement, le dernier pas franchi, cela sera soudain. Lorsque le temps sera venu, la Réalisation sera le constat de l’identité du manifesté et du non-manifesté. Ils sont un, il n’y a pas de différence.

La vraie connaissance, la Réalisation, ne peut se produire que lorsque tous les concepts possibles ont été abandonnés et elle ne peut venir que de l’intérieur de vous.

Parabrahman n’a ni commencement, ni fin. Il est éternel, alors que cette conscience, elle, est liée au temps ; elle a un commencement et une fin.

Tout s’est passé exactement comme lorsque vous vous réveillez le matin et découvrez que vous êtes. Parce que je suis, je me réveille. Si je n’étais pas, comment pourrais-je me réveiller ?

Le Parabrahman découvre qu’Il est. La conscience est ce par quoi le Parabrahman sait qu’il est. Parabrahman est votre état éternel, vous ne pouvez pas vous en souvenir parce que vous ne l’avez pas oublié, vous le connaissez, il est votre expérience quotidienne. Il y a simplement conscience, il n’est pas question d’un « je »... c’EST !

La force vitale est en sommeil dans le grain. Comprenez cette force vitale et ne la conditionnez pas à quelque chose que l’on peut tenir dans la main. Elle est manifestée, c’est comme l’espace, elle est partout.

Ces sujets très profonds ne sont qu’un passe-temps, la distraction de l’intellect. En approfondissant votre approche de la spiritualité vous allez découvrir que « Je suis » est le Dieu ou l’âme d’un nombre infini d’univers et que ce glorieux « Je suis » lui-même est également un simple passe-temps. Tous ces entretiens ne sont qu’un passe-temps conceptuel. 

 

Extrait de A la Source de la Conscience, Editions Les Deux Océans, 1991

mercredi 18 février 2009

Entretien du 09 janvier 1980 (Ni ceci, ni cela)

Visiteur : J’ai l’impression que le christianisme conduit de la compréhension de notre fausse identité de corps-intellect à la conscience universelle, le père, mais pas au-delà !

Maharaj : Concernant le Christ, Krishna ou n’importe quel prophète il faut se demander une chose. Avant leur incarnation sous une forme corporelle, donc douée de conscience, étaient-ils ou non l’Absolu ? Quand ils se sont pourvus d’un corps, le matériau brut et tous les éléments impliqués dans cette incarnation ont été les cinq éléments, rien d’autre. L’être s’étant dressé dans ses formes incarnées n’a été que le produit de l’interaction des cinq éléments entre eux. L’être s’exprime au travers des trois gunas et subsiste tant que l’essence des cinq nourritures primordiales est présente. Quand l’être disparaît, la conscience de ces prophètes oublie leur existence et ils ne savent plus rien de ce qu’ils ont accompli dans leur être incarné.

Depuis quand et comment peut-on avoir l’expérience du monde ? Comprenez-le une fois pour toutes, on ne peut que grâce à l’être. L’expérience du monde devient seulement possible à l’apparition ou l’émergence de l’être dans ce corps composé de cinq essences de nourriture. Cet être est comparable à un télescope. Un observateur peut étudier la lune, les étoiles ou le soleil à travers son télescope, mais il n’est ni le télescope, ni l’espace que le télescope lui permet de découvrir. L’Absolu observe de même ce cosmos, ce monde constitué des cinq éléments fondamentaux. Ce qui observe est le principe éternel, non-né, appelé Parabrahman. Mais l’Absolu-témoin n’est pas l’être, n’est pas l’élément grâce auquel à lieu l’observation. Il n’est pas non plus l’univers manifesté observé. A présent une question. Dix jours avant votre naissance, que faisiez-vous ?

V : J’observais l’univers.

M : Votre réponse est fausse. Sur quoi vous appuyez-vous pour me répondre, à partir de quel niveau me parlez-vous ? Je veux vous river au niveau du télescope, vous lier à la seule êtreté mais vous vous échappez toujours. De quel télescope vous ai-je parlé ? En cet instant qui est le télescope ? Il est fait de quelque chose, il a surgi de quelque chose ! Au lieu de vous vous concentrer sur ce point vous vous éparpillez sur ceci ou cela et vous vous considérez comme possédant déjà la connaissance. N’est ce pas une sorte de télescope qui vous permet d’observer le monde ? Oui ? Hé bien vous l’Absolu n’êtes pas ce télescope, l’êtes-vous ?

V : …

M : Il faut vous ancrer à ce niveau, demeurer lié à l’être. Mais vous au contraire ne cessez de sauter ici et là abandonnant votre point d’appui. Comment pourrez-vous jamais atteindre la paix !

V : C’est là toute l’histoire, le grand drame de la vie !

M : Une telle attitude empêchera toute compréhension  susceptible de vous apporter le repos.  L’être a reçu d’innombrables noms et titres. A partir des cinq éléments la création de ce télescope, de cet être, a exigé neuf mois. Avez-vous médité là-dessus ? Vous utilisez continuellement cette fonction télescope, mais essayez-vous de l’appréhender ? Grâce à ce télescope tout est perçu et expérimenté, mais l’utilisateur de ce télescope n’est pas le télescope.

V : Selon les paroles du seigneur Krishna, il n’a jamais existé un temps où je n’étais pas…

M : Grâce au télescope – c’est à dire à l’être qui est le moyen d’expression de l’observateur – il est le témoin du monde manifesté qui est le sien. Mais lorsque le télescope et son champ d’observation ont disparu croyez-vous que l’observateur a également disparu ?

Pour affirmer qu’un objet existe deux conditions sont nécessaires. La première qu’il y ait un objet, la seconde qu’il y ait un observateur affirmant « l’objet est ». La qualité primordiale de l’être est le sentiment d’une présence consciente, d’un « je suis », connaissance intime n’ayant aucun besoin d’être formulée. Ce n’est qu’ensuite qu’apparaissent des propriétés et possibilités multiples, le témoin – l’Absolu – demeurant, lui, libre de toute qualité ou attribut et nommé pour cela « Nirguna » qui signifie « non-qualitatif », « sans-particularité ».

V : Krishna ne pouvait faire aucune déclaration tant qu’il était dépourvu de forme corporelle tout simplement parce qu’il n’y avait personne susceptible de le faire. Vous êtes bien d’accord ?

M : Bien sûr ! Krishna dans son état d’Absolu ne dispose d’aucun instrument susceptible de déclarer quoi que ce soit… et à qui pourrait-il bien s’adresser ?

Dès que vous avez bien pris conscience, bien assimilé que toutes ces allées et venues ne sont que le produit et le jeu des cinq éléments au sein de l’être, vous n’en êtes plus affecté et pouvez demeurer en dehors de tout cela. Mon attention est l’unique élément me permettant de découvrir « je suis », c’est par lui que je peux faire l’expérience du monde. Les pouvoirs supra-normaux ou quoi que ce soit d’autre susceptible d’apparaître n’ont pas d’intérêt pour moi. La question est : comment cet élément « attention », à la fois intermédiaire et moyen d’expression, existe-t-il ?

De nombreux visiteurs ayant acquis un certain savoir viennent ici souhaitant entendre mes commentaires sur leurs expériences. Mais comment pourrais-je leur parler, ils sont obstrués, coagulés dans leur savoir, emprisonnés dans leur mémoire. Qu’ils trouvent tout seul !

Un mort n’intervient plus dans les affaires d’un vivant. Celui qui a compris et assimilé l’être en profondeur n’est plus intéressé par les activités et les évènements se déroulant au sein de l’être. Nous parlons ici d’un savoir qui transcende l’être, mais qui actuellement dans le monde est intéressé par une compréhension d’une telle profondeur ?

Que vous souhaitiez participer à ces entretiens est un grand privilège. Beaucoup ayant la possibilité de le faire ne se soucient nullement de ce qui est dit ici.

V : Dans une histoire Zen, un disciple va visiter son maître et celui-ci dès qu’il le voit lui crie « Que faites-vous ici, n’êtes-vous pas encore mort ? » Raman Maharshi également disait qu’il fallait tuer l’intellect.

M : Avant tout, débarrassez-vous des paroles, des concepts, des mots, même de ceux-là. Jetez-les ! Après tout qu’est-ce que cette intelligence ? C’est simplement ce bavardage se déroulant à l’intérieur de vous. Dès le réveil le monologue commence et cela continue à jacasser tout le jour. C’est cela l’intelligence brillante derrière laquelle vous courez tous. C’est votre souffle qui est la cause de ces paroles et de ces idées, quand il n’y a plus de respiration il n’y a plus de bavardage.

V : En réfléchissant là-dessus je découvre que l’amour, la compréhension sont une même chose et je comprends aussi que cet amour est bien au-delà de l’intellect.

M : Tout ce que vous dites là demeure au niveau intellectuel. Je ne parle jamais du point de vue de l’individu, je demeure continuellement au niveau de l’ensemble du manifesté. Un individu se connaît lui-même au travers de certains concepts et selon ces concepts enregistre plaisir et souffrance, mais cette compréhension de soi est fausse. La réflexion, l’esprit qui partage en plaisir et souffrance, n’est là que pour conduire vos affaires dans le monde, exercer votre profession, calculer, etc. Il n’a pas d’autre utilité.

V : Les pratiques dévotionnelles telles que l’offrande de la flamme dans l’Arati ou les hymnes des Bahjans ont bien pour but de garder vivante notre ferveur envers Dieu et éviter la stagnation ?

M : Quelle est pour vous la signification exacte d’Arati ?

V : Amour particulier.

M : En langue marathi « Arati » signifie « nécessité particulière ». Cette nécessité est l’amour que chaque animal éprouve envers lui-même. C’est ce « besoin de l’être » qui incite chaque animal à poursuivre ses activités dans le monde. Cet amour de sa propre nature est la nature innée de chaque espèce. C’est par l’identification de chaque animal à son espèce que s’est manifestée l’instinctive crainte de « l’autre » et la fixation de cette différence entre soi et l’autre est la cause primordiale de plaisir et souffrance. Cet « amour de l’être » dévié est l’amour de soi, et qui peut prétendre ne pas s’aimer ? La nature véritable de cet amour est Atma-prem, « amour de votre source ».

Tant qu’un humain se considère comme un individu il doit subir le plaisir et la souffrance. Mais devenu un avec la conscience il n’est plus question de bonheur ou de malheur. J’ai transcendé cette individualité, c’est à dire cet état corps-intellect et je vous parle du sein de la seule conscience dynamique manifestée. Le concept même qu’un évènement bon ou mauvais puisse se produire est totalement effacé. Je ne possède pas non plus le moindre concept concernant naissance ou mort. Mon état physique actuel ne me permettrait même pas de me tenir debout si je ne m’appuyais pas sur un tel état de conscience.

Mon Nirvana est la perte totale de toute vanité concernant la personne, c’est à dire un état sans identité. Vous, vous poursuivez vos activités familiales, professionnelles et spirituelles avec une identité. Tant que vous n’aurez pas perdu cette intimité avec la personne vous serez importuné par plaisir et souffrance, passé et futur, naissance et mort. Avez-vous déjà réfléchi à ces questions ?…

Qu vous pose cette question ? C’est moi, le Sans-forme, le Dynamique, pure Conscience manifestée ! Pourquoi ne parvenez-vous à vous arracher à cette souffrance ? Vous étant contracté, rapetissé en une forme et une identité il n’es pas étonnant que vous soyez malheureux !

Vous poursuivez une quête spirituelle en conservant une mémoire optique limitée et conditionnée, il vous est donc impossible de trouver le moindre point d’appui, la moindre prise vous permettant de progresser. Quel que soit le sujet qui vous préoccupe en tant qu’entité personnalisée et non pas en tant que conscience dynamique manifestée. Ce savoir profond « vous êtes » pénètre toute chose. Il est plus pur, plus subtile que cette lumière-ci et donc connaît la source de la lumière. Tant que vous vous cramponnerez à votre mémoire individualisée il vous sera impossible de trouver la paix et la félicité.

Il existe des Yogis de plusieurs disciplines : les Japis qui récitent les noms sacrés, les Tapis qui se consacrent à d’austères pénitences etc. Apparemment ils sont engagés sur la voie spirituelle mais ils se contentent en fait d’acquérir des pouvoirs et se complaisent à faire des miracles. Ils ne peuvent plus progresser et atteindre une connaissance spirituelle réelle. De plus ils sont fiers des pouvoirs qu’ils ont acquis, de leur système particulier, de leur individualité. Tout ceci n’a rien avoir avec la spiritualité. Un domestique, doit, soit se satisfaire de son maigre salaire, soit changer de travail. De même un Jnani doit se satisfaire des trois états : éveil, sommeil profond et conscience ou bien les quitter.

En tant que Jnani je vous raconte mon histoire. A quoi peut me servir cette alternance de sommeil profond et de réveil ? Je n’en ai pas besoin. Cet univers perceptible est sans limite et infini, mais que puis-je gagner en le préservant ? A partir du moment où un sage atteint la réalisation et s’immerge dans la perfection il n’a plus de besoins d’aucune sorte. Mais un chercheur obtiendra un bénéfice immense en demeurant fixé ou simplement en se souvenant de la vie d’un sage, tant est grand le potentiel d’éveil de celui qui n’a plus de besoin. Une personne ordinaire ne peut avoir la moindre idée, le moindre soupçon de l’état d’Absolu atteint par le Jnani. Elle doit se contenter du comportement et des modes d’expression du Jnani au niveau physique, observés en tant que prolongement de son être. De toute façon un tel sage n’est ni l’expression physique, ni l’être.

Un officier porte un uniforme indiquant le régiment auquel il appartient et son grade. L’ensemble constitue l’officier, mais l’uniforme et le grade ne sont pas l’officier. Il en est de même pour ce colis de nourriture qu’est le corps. Il n’est pas vous, vous n’êtes que ce principe « je suis » habitant le corps.

Vous n’êtes pas capable de renoncer à cette identification avec le corps. C’est l’action de la grande Maya, l’illusion, c’est pour cela que vous ne vous imprégnez pas de ce que je dis.

V : Comment un Jnani sait-il qu’il a réalisé sa véritable nature ?

M : Il le sait en découvrant qu’il l’a toujours connue dans ce sentiment « je suis ». Ici, en cet instant, vous êtes dans cet état réalisé, mais vous vous efforcez de le constater au travers de vos désirs et de vos concepts mentaux, ce qui explique votre incapacité de le voir et de vous abîmer en lui.

Dans l’état Jnani – et ceci n’est qu’une façon de s’exprimer avec des mots car ce n’est pas un état – il n’existe aucun besoin de quoi que ce soit, pas même de se connaître soi-même, tandis que vous, vous demeurez attachés aux cinq sens physiques et même devenus centenaires vous imploreriez de vivre quelques années de plus !

V : N’éprouvez-vous pas de la pitié pour nous, chercheurs ignorants qui venons vous visiter ?

M : Pourquoi devrais-je ? Je suis le soleil de la science ultime illuminant à partir de sa propre évidence et je vous considère tous comme tels.

V : Quelle importance accorder à l’astrologie, aux planètes et aux bonnes et mauvaises influences ?

M : Toute chose est importante ramenée à sa juste place. Celui qui n’a pas reconnu sa véritable identité est bien entendu attiré par l’astrologie, les devins, les influences etc., mais pour celui qui s’est stabilisé dans sa vraie nature plus rien de tout cela n’a de signification. Un tel être n’est plus concerné par quoi que ce soit.

V : Il est dit que l’Absolu est éternel et hors du temps. Comment est-il possible que de ce niveau éternel ait pu surgir l’être, un état aussi éphémère et étroitement soumis au temps ?

M : Pour que puisse se manifester un état aussi temporaire il faut une cause. Un exemple : deux amis intimes vivant en bonne harmonie, un jour se disputent. Il a fallu une cause à cette querelle, une friction quelconque, un malentendu. Il a fallu de même une cause pour que l’Absolu donne naissance aux cinq éléments et à l’univers manifesté, mais cette cause initiale est au-delà de toute explication.

Tout comme les deux amis ont été séparés à la suite de leur différent et de leur heurt, les premiers éléments – espace, air, feu, eau et terre – ont été formés à partir du plus haut à la suite de leurs frictions et interactions. Le processus se perpétuant a produit une grande variété de formes aboutissant au royaume végétal et animal.

Dans le royaume végétal, appelé Vanaspati, nous trouvons des arbres, des buissons, des plantes etc., qui poussent à une certaine place et n’en bougent plus. Le stade d’évolution suivant est appelé Vachaspati. Il s’agit du royaunme animal qui abonde en germes, vers, insectes, animaux et êtres humains, espèces ayant le privilège du mouvement et de la communication. Les humains, bien que physiquement animaux, sont une espèce supérieure appelés Brihaspati. Grâce à la conscience, principe hautement évolué habitant en lui, l’être humain est à même d’acquérir intuitivement la sagesse et ensuite de transcender la conscience pour atteindre l’ultime. A la suite de ce processus, la conscience initialement conditionnée par le corps et l’intellect, devient conscience universelle justifiant ainsi le titre de Brihaspati, qui signifie « seigneur de l’immense magnitude » attribué à ce principe présent dans tout ce qui existe. Ensuite la conscience universelle se dissout dans l’Absolu.

V : N’y a-t-il pas de douleur physique lorsque le souffle vital quitte le corps ?

M : Celui qui demeure associé aux concepts souffre au moment de la mort. L’intensité de sa souffrance est liée à la nature des concepts auxquels il se raccroche. Le dévot sincère ayant confiance en Dieu, libre de tout a priori sur l’au-delà, meurt joyeusement et paisiblement comme lorsqu’il s’abandonne au sommeil. Souffrez-vous quand vous vous endormez ?

Le poète et sage Tukharam parle dans un de ses poèmes du végétal « notre ami, notre parent et aussi notre ancêtre ». Pourquoi ? Parce que l’essence des végétaux est indispensable à la création du royaume animal, le Vachaspati, comme celui-ci l’est à la création du Brihaspati, l’espèce humaine. Les dieux du ciel doivent prendre une forme humaine pour se manifester sur la terre et leur corps doit être nourri et soutenu par l’essence des végétaux. Pour devenir un saint il faut d’abord posséder un corps humain et une conscience. Pour atteindre l’état le plus haut il n’y a rien de spécial à faire. Ecoutez attentivement ce qui est dit ici et alors tout se produira comme il le faut, tout deviendra propice à votre progrès spirituel.

Je viens de vous parler de l’être issu du jeu des cinq éléments et de leur liaison au corps, essence de nourriture. Mais Vous, en tant qu’Absolu omniprésent, n’êtes pas ce corps, vous n’êtes même pas cet être dont il est la demeure. Alors pourquoi vous inquiéter de sa disparition ?

V : Etant né, nous devons mourir…

M : Un Jnani n’est pas né et il ne meurt pas. Quand le corps d’un Jnani succombe les membres de son entourage peuvent pleurer, mais c’est parce qu’ils s’identifient à leur propre corps. Ils se désolent parce qu’ils considèrent ce Jnani comme un être incarné, ce qu’il n’est pas.

V : Comment alors est-il possible que le Jnani, plongé dans le non-savoir, soit à même de communiquer avec nous ?

M : Un Jnani est appelé ainsi parce qu’il est en possession de Jnana l’être, qui subsiste grâce à un corps. Bien que demeurant en possession de Jnana un Jnani baigne dans l’état de non-savoir, dans l’Absolu. L’être et le corps constituent le média permettant au Jnani de communiquer, mais il n’est pas le langage utilisé dans cette communication.

Vous aussi pourriez être plongé dans cet état Jnani à la condition de retourner en arrière et vous maintenir dans l’état antérieur à la formation des mots. Un tel état se révèle à la frontière du sommeil profond et de l’éveil, au point d’émergence de la conscience, à son commencement, à son aube.

Cet état appelé Para-Shakti ou Para-Vani qui est la source de ce qui deviendra mots et langage. De ce niveau, qui en est le commencement, jusqu’à l’explosion vocalisée qui sort de votre bouche il existe trois autres stades qui forment en tout quatre niveaux. Le second stade est Pashyanti l’état naissant des mots mais non perceptible, organisation intangible du langage. Le troisième est Madhyama, l’état charnière où se produit la mise en forme dans une zone de l’intellect et le quatrième stade, Vaïkhari, lorsque le souffle permet l’explosion des mots hors de la bouche en expression vocale.

Para-Vani est la plus subtile forme du langage. Ici elle possède une connotation plus profonde. « Para » veut dire « l’autre », indication d’une différenciation de l’état d’Absolu tout en demeurant très proche. Un Jnani ou bien Krishna disent « Je ne suis pas le Para-Vani » parce qu’ils se tiennent au sommet. Quand je parle de Krishna ne le considérez pas comme une personne, je parle de l’Absolu.

Vous avez l’impression « d’avoir compris » lorsqu’un concept, un titre ou un nom comme celui de Krishna vous est donné, mais c’est faux ! Il faut être Krishna pour comprendre Krishna !

Para-Vani n’est pas le langage de l’Absolu puisqu’il est une résultante de l’être. Après avoir suivi plusieurs stades de développement il exprime vocalement un concept qui, si nous l’acceptons, nous possède. Au cours de ce processus nous nous identifions totalement à ce concepts et perdons notre véritable identité. 

 

Extrait de Ni ceci, ni cela, Editions Les Deux Océans, 1986

lundi 16 février 2009

Entretien du 03 janvier 1980 (Graines de Conscience)


Maharaj : La dualité a fait son apparition à l’instant même où le sens de l’être est né. Le mouvement est partout dans le monde manifesté, et il crée et détruit sans cesse d’innombrables formes. La conscience est de nature universelle, tout comme l’espace. Celle que renferme le corps n’est qu’une toute petite expérience, mais de par sa nature, de par sa qualité, elle est essentiellement identique à la conscience universelle. Et il en est de même pour l’espace.

L’imagination et la mémoire créent un corps et une personnalité ; et le manifeste, croît être un corps et une personnalité, mais à tort.

Question : Quelle est la cause de l’apparition de l’être ?

M : Tout comme le rêve que vous faites n’a pas de cause, ainsi l’être n’a pas de cause non plus. Expliquez-moi pourquoi vous rêvez. Le rêve est sans cause et donc sans logique.

Les choses que nous voyons dans le monde manifesté sont exactement comparables aux images qui apparaissent à l’écran de télévision.

A qui donnons-nous le nom de parents ? A deux formes physiques seulement ; quand celles-ci meurent, nous estimons que ce sont nos parents qui meurent. Ce qui a donné naissance à mon être, sans que j’en ai connaissance constitue mes parents – c’est à dire la source.

C’est uniquement parce que je suis que je vois le monde et pense à Dieu ; Dieu est donc parce que je suis. Si je ne suis pas, Dieu n’est pas non plus. Je vais vous révéler une formule qui fera tout à votre place : celle de garder constamment à l’esprit : « je suis Dieu, sans moi Dieu n’existe pas. » Quand vous serez fermement établi dans cette formule, tout ce qui est sans importance se dissipera peu à peu.

A l’étape suivante – je vous ai d’abord dis de répéter « je suis Dieu » – je vais laisser de côté les mots « je suis Dieu », et en arriver à ce qui était avant la compréhension des mots. Dieu est cela et vous êtes cela, non pas les mots.

Le facteur passe ici pour m’apporter le courrier. Peut-être n’est-ce qu’un homme de petite taille, mais il est pleinement conscient de représenter le gouvernement. Mon sentiment « je suis » signifie l’enregistrement de la présence de Dieu.

La question originelle est de savoir comment on peut transcender la conscience. La conscience est liée au temps, mais elle est notre unique capital, d’où sa très grande importance.

Q : Je n’arrive pas encore à vous suivre.

M : C’est à cause de votre très forte identification au corps ; il n’est pas facile de l’abandonner.

Q : Apprenez-nous quelque astuce.

M : Le seul remède est de méditer et de réfléchir sans relâche sur ce que je vous ai dit. Votre limitation au soi disparaîtra peu à peu, ainsi que votre sens de la séparation. Pour pouvoir résoudre l’énigme il faut pratiquer la méditation profonde pendant une longue période. Méditer, cela signifie que l’être lui-même s’absorbe dans l’être. Ayant pratiqué durant une longue période ce type de méditation, on arrive à connaître le Connaissant de l’être.

Je suis le Connaissant de la conscience, je ne peux que connaître autre chose, et non pas moi-même. Cette énigme se résoudra d’elle-même grâce à la pratique constante de la méditation profonde.

A présent, vous êtes convaincu d’être le connaissant de la conscience. Non ?

Q : Oui.

M : Vous l’êtes, mais il demeure une part d’identification mentale au corps qui vous donne le sentiment qu’un événement heureux va survenir. A présent, vous avez une certaine connaissance, et cela vous rend très heureux. Cette connaissance a chassé l’ignorance. Au cours de votre balayage de l’ignorance, la connaissance va , elle aussi, disparaître. Vous seul resterez.

Le son qu’il faut entendre est le son muet. Seul le son muet peut entendre le son réel.

Q : Dieu équivaut-Il au manifesté sans forme ?

M : Dieu est le son muet. Il est dans le manifesté, car tout ce dont nous parlons se rapporte au manifesté ; le Non-Manifesté n’est absolument pas doué de parole.

  

Extrait de Graines de Conscience, Editions Les Deux Océans, 1982

dimanche 15 février 2009

Entretien du 18 novembre 1979 (Graines de Conscience)

Maharaj : Le principe divin dans le corps va évincer le corps. Faites connaissance de ce principe alors que vous êtes en vie. Apprenez à le connaître, et devenez un avec lui. Vous ne garderez pas votre corps à jamais.

La conscience est la réflexion de la Pure Conscience (Awareness) qu’est l’Absolu. La conscience ne survivra pas au corps. Réfléchissez sans relâche sur ce point. Tant que nous sommes en vie, la conscience est toutes choses, et il nous faut demeurer en elle. Mais rappelez-vous que la conscience disparaîtra.

La nourriture que nous absorbons se transforme en déchets dans un délai de vingt-quatre heures. Le principe en nous, va-t-il lui aussi devenir déchet tout comme le corps ? Vous êtes-vous vraiment posé la question du pourquoi de votre venue en ce lieu ? Etes-vous le corps ? Vous devez découvrir ce que vous êtes. Explorer et découvrir. Méditer ce point avec grand sérieux. Ce n’est qu’après l’avoir fait que vous devriez venir m’écouter. Ici, maintenant, alors même que vous avez un corps, découvrez ce que vous êtes.

Qu’entendez-vous par spiritualité ? Qu’est-ce que vous faites au juste par amour pour la spiritualité ?

Vous consommez de la nourriture et buvez de l’eau, et éliminez le tout sous forme d’excréments et d’urine. Tout comme vous éliminez ce que vous mangez et buvez, ainsi vous devez rejeter le corps. Rappelez-vous également que la nourriture est tout à fait délicieuse à manger, mais qu’ensuite elle prend une odeur désagréable, qu’elle devient de la matière fécale.

Posez-vous des questions sur l’Esprit qui habite le corps, le Dieu immanent au corps. Si le corps a tant soit peu d’importance, c’est parce que l’Esprit qui l’habite est de nature divine. Lorsque l’Esprit quitte le corps, celui-ci devient comme de la matière fécale.

Pourquoi investissez-vous tant d’efforts pour choyer ce corps qui va entièrement se changer en déchets ?

L’harmonie, ou l’amitié qui peut vous lier à d’autres personnes, aussi grande qu’elle soit, elle ne durera que le temps de l’accord des mentals. Dès qu’il y a désaccord, le mental s’en trouve perturbé et l’amitié désavouée. Rappelez-vous ceci : une fois que le souffle vital a quitté le corps, on se débarrasse de celui-ci. Combien de temps allez-vous continuer de choyer le corps ?

Question : Qu’implique le renoncement ?

M : Le renoncement consiste à comprendre et à écarter l’inutile. Vous comprenez ce qu’est le « je suis » et la nature du principe antérieur à l’être. C’est à dire le Soi. Ce n’est pas le corps. Ce que je vous dis constitue l’objet essentiel de votre passage chez moi.

Un disciple de Tiku Baba, un Sage musulman, me rendait autrefois visite dans mon échoppe de bidis. Un jour il m’apprit que les choses allaient mal dans le monde, et il me demanda ce qu’il convenait de faire. Je lui répondis : « Recherchez la cause qui a provoqué la naissance. Puis employez-la comme remède aux inquiétudes et aux misères des hommes. Ensuite faites des bhajans pour l’amour de l’humanité. » Après avoir entendu ces paroles, il se mit à danser. Demandez au créateur de vous révéler l’antidote à vos souffrances. Les médecins et les psychiatres, que peuvent-ils faire ? Comment peuvent-ils soigner les malades ? Posez la question de l’antidote directement au créateur. Mettez-vous en pratique mes paroles ?

Q : J’essaie de le faire.

M : En essayant, arrivez-vous à les mettre à profit ?

Q : Par votre Grâce.

M : Qu’est ce que la Grâce vient faire ici ? Elle est déjà en vous. Vous êtes la Grâce. Comprenez comment est survenue la création de votre corps. Pourquoi ? Quelle en est la cause ?

Il y a de par le monde quelques milliards de statues qui portent le nom de corps humain ; chacune d’elles a un visage différent. Découvrez qui a créé l’image que vous appelez corps. De quoi il est fait, et qui en est le sculpteur ? Habite-t-il ou n’habite-t-il pas le corps ? 

 

Extrait de Graines de Conscience, Editions Les Deux Océans, 1982