vendredi 13 février 2009

Entretien du 13 octobre 1979 (Graines de Conscience)

 

Maharaj : Ne soyez pas lié par l’imagination ou les idées, tenez-vous à l’écart d’elles, laissez les choses se produire selon leur propre nature. De même que le sens du corps-mental vous lie actuellement, ainsi les relations existant dans le monde objectif vous lient également, et ce lien est véritablement très fort. La véritable perspective du Soi en vous est de vous donner la liberté qui est vôtre.

Le Soi en vous, c’est toute la vacuité du ciel. Au moyen de la conscience qui est apparue en vous, vous observez le monde objectif. Vous savez que vous êtes éveillé, et grâce à cette connaissance voyez un monde rempli de toutes les images objectives qui sont en vous. Dans le sommeil profond il n’y a aucune image ni aucune vision objective. La création du monde objectif est sans cause – il est apparu spontanément, n’est issu de l’action de personne. C’est la conscience qui apprend à celui qui en est conscient qu’elle est tout ce qu’il voit.

Ce point est très difficile à comprendre. Celui qui a vraiment compris que la conscience universelle est témoin de la conscience a atteint l’Ultime. Mais la plupart des gens sont à l’intérieur de la connaissance manifestée selon laquelle « je suis ».

Le monde est en moi, je ne suis pas dans le monde. Bhagavan (Dieu) est la lumière qui est le monde manifesté. J’ai réalisé cette lumière, mais elle ne me lie pas, je ne suis pas en elle.

Voilà ce qu’est l’état à partir duquel a lieu l’observation de la manifestation. L’état d’Ishvara (Dieu) constitue la frontière, avec lui commence Nirguna – de l’être on passe au non-être et entre dans l’Absolu, d’où se produit le fait d’être témoin de la manifestation. C’est là que commence l’Absolu. Ce n’est pas le « je suis ». L’Absolu n’est pas doué de parole, mais tout notre entretien se rapporte à l’Absolu uniquement.

Je n’ai pas de méthode à proposer qui vous fasse découvrir la Vérité ; tout au plus vous dirai-je de purifier votre souffle vital. Je vous demanderai de méditer un nama-mantra, rien d’autre ; tout le reste est du domaine de la spontanéité.

Qu’entend-on par nama ? Nama est la musique primordiale ; chantez la mélodie du mantra du nom. Grâce à cette récitation l’on se détache du soi et toutes les pensées nuisibles s’évanouissent.

Question : Etant donné que la manifestation est moi, puis-je y apporter certaines améliorations ?

M : Par l’attachement au corps-mental vous vous séparez du monde manifesté et distinguez de multiples entités. Dans cet état il vous vient toutes sortes de désirs d’améliorations, tant pour vous-même que pour les autres. L’état suivant est celui du « je suis », où toute action et moi-même, toute chose manifeste et moi-même nous nous confondons. Là, il n’est plus question d’amélioration ; vous n’êtes que manifestation : « Je suis tout ». Ensuite, il y a l’état du Non-Créé, où l’être qui comprend « je suis » n’est plus. C’est l’état suprême.

Dès que je dis être un sanyasi (moine), je commence à me conditionner. « Mes cheveux doivent être tressés », « je dois mendier ma nourriture », et ainsi de suite. Je n’ai donc adopté aucune attitude. Quand le repas est servi, je mange ce que mon corps aime, ce qu’il n’aime pas je le laisse. Non pas du fait que ceci est convenable et cela ne l’est pas, rien de la sorte. Votre première étape est l’être : embrassez la connaissance « je suis », soyez la connaissance « je suis ». J’essaie de vous parler de mes secrets les plus intimes. Tout comme le monde du rêve vient sans être sollicité et que vous l’observez, de même le monde est apparu sans être sollicité, et vous êtes contraint de l’observer. Observez-le, sans plus.

Votre être est apparu spontanément, sans que vous le sachiez. Vous n’avez pas consciemment connaissance de ce que « je vais être » ; ce n’est qu’après la formation du « je suis » que vous vient la connaissance « je suis ».

Q : Puis-je exécuter mes obligations domestiques habituelles ?
M : Exécutez-les avec tout l’enthousiasme possible mais comprenez ce que je vous ai dit. Si vous le comprenez vraiment, rappelez-le-vous et réfléchissez-y. Il n’est besoin d’aucune méditation spéciale.

Le souffle vital est la cause du flot du mental ; le mental est sans cesse en activité – sauf dans le sommeil. Apparemment nous exécutons un rite, récitons des hymnes à voix haute, pensons que nous accomplissons quelque acte spirituel, mais le mental n’est pas concentré là-dessus – il pense à autre chose.

Q : Quelqu’un qui aime entièrement ce qu’il fait n’a pas le sens du « je ».

M : L’être est totalement absorbé dans l’inclination mentale, alors que l’état du non-être n’en est que témoin.

Méditez le principe grâce auquel vous savez que vous êtes ainsi que le monde. Ce principe est la source même du monde manifesté. Toute action est exécutée par le souffle vital, dont le langage a pour nom pensée. La récitation du mantra ou du japa est faite par le souffle vital, et l’être n’est que le simple témoin des actions du souffle vital. Le message « je suis » n’est que témoin ; c’est le souffle vital qui stimule toute activité. Le corps de nourriture, l’essence de nourriture est ce qui soutient ces deux entités. La connaissance « je suis » est le film, la destinée. Qu’est ce que notre destinée, en définitive ? C’est le produit chimique de la naissance, le film où tout est enregistré et où tout arrive. Où êtes-« vous » dans tout cela ? Le « je suis » est un produit chimique où tout ce qui se passe est enregistré. Le jour où vous saisissez ce processus, vous comprenez que vous n’êtes pas un individu.

  

Extrait de Graines de Conscience, Editions Les Deux Océans, 1982

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