mardi 24 mars 2009

Entretien du 15 novembre 1980 (Sois)

Visiteur : Je demande la bénédiction du Guru et l’implore de répondre à ma question : comment atteindre Dieu ?

Maharaj : Ayez un besoin profond, irrépressible, dévorant de ce Dieu et vous le deviendrez, ce sera vous. Ayez cette foi et ce que vous êtes, quoi que cela puisse être, se transformera en Dieu. Ce corps n’est que nourriture, soyez un avec le principe, l’essence de ce corps.

V : Je ne comprends pas. Comment moi, qui suis d’un niveau aussi bas, pourrai-je m’égaler à ce qui est au sommet ?

M : Ce Dieu est-il votre créateur ?

V : Oui.

M : Vous avez donc jailli de ce sommet, combien de marches avez-vous descendu quand vous êtes né ?

V : Je ne sais pas.

M : Adorez ce « je ne sais pas » ! « Soyez » simplement, vous vous unirez au tout et deviendrez Dieu. Il n’y a pas de chemin, pas de voie, pas de moyen.

V : Krishna, Brahma, sont-ils des mots qui ne recouvrent rien ?

M : Ce sont des noms anciens qui font le travail qu’ils ont à faire. Chaque partie du manifesté a son rôle à jouer, ne vous en mêlez pas. Abandonnez la mémoire, abandonnez les mots. Trouvez un seul point, une seule compréhension qui fous fasse écrier « ah, c’est donc ça ! » Cela suffit ! Avez-vous trouvé un point de vérité ?

V : La seule vérité sur laquelle je puisse m’appuyer est que je suis ici devant vous.

M : Faux ! Tout ce que vous pouvez observer est illusoire, la réalité ne peut avoir de témoin. C’est la conviction profonde et vécue « je suis » qui est témoin. Dès son apparition « je suis » est le témoin.

Ce n’est pas moi, ce sont les trois gunas uniquement qui vous parlent et moi je ne suis pas cela.

V : La respiration est la seule chose qui se poursuive dans les trois états. Cette respiration est un double mouvement, expansion, contraction. N’est-elle pas comme un pont entre le moi identifié et le pur « je suis » ?

M : Pourquoi cette question ? Trouvez pourquoi le corps et « je suis » apparaissent en même temps ? Trouvez pourquoi et comment se produit l’identification au corps, tout le reste est curiosité purement académique.

Qu’est ce qui a grandi depuis le nouveau-né jusqu’à l’homme adulte ? Ce nouveau-né, d’où est-il venu, qu’est-ce qui l’a fait croître ?

Trouvez la source de cette croissance ! Vous connaissez cet état, vous parlez à cette source, vous l’êtes.

On est toujours seul quoi qu’il arrive. On veut y échapper et c’est pourtant là l’état primordial, originel. Etre seul c’est être un, unique et lié à toutes choses. Aimez-vous moins, aimez moins votre corps, vos possessions. Ce qui est véritablement vous n’a aucun besoin d’amour, il est amour. Lâcher prise, laissez échapper ces possessions dérisoires et l’amour s’aimera lui-même. Ce que vous croyez aimer n’a aucune réalité, l’être n’a aucun besoin d’amour ou de quoi que ce soit.

On vous présente quelqu’un, c’est un étranger, vous l’aimez, vous l’épousez et il devient une partie de vous-même, vous vous querellez et il devient votre ennemi. C’est uniquement ce complexe psychosomatique qui détermine ce que sont les autres pour vous, cela ne peut correspondre à aucune réalité.

Ce n’est jamais la personne qui est libérée, c’est de la personne qu’on est libéré.

Les mots pointent, indiquent une direction, suivez-là mais n’emportez pas les mots avec vous.

V : Comment atteindre la racine de la conscience ?

M : Soyez un avec votre conscience. Cette conscience peut prendre conscience d’elle-même à travers et grâce à son ignorance. L’ignorance est le combustible de la flamme qu’est la conscience, cette flamme devient de plus en plus pure.

Cette conscience purifiée, présente à elle-même, aussi grandiose que soit ce que révèle son champ de connaissance, n’est pas l’aboutissement. Il faut savoir que cela aussi est à transcender. Le « je suis » est le premier et le dernier point de la dualité. C’est l’ultime concept qui, lui aussi, doit être transcendé. Mais c’est du « je suis » que jaillira spontanément l’union avec le tout.

N’oubliez pas que c’est l’ignorance qui permet à la conscience de s’ouvrir à la connaissance comme une fleur s’ouvre au soleil.

V : Ce que vous avez dit hier sur la naissance et la petite enfance m’a beaucoup frappé. Cela tourne en moi et n’arrive pas à prendre la forme d’une question.

M : Demeurez dans ce mystère. Retrouvez l’état de la petite enfance. Plongez votre être dans le non-être. Votre véritable nature est sans naissance. Vous êtes ce que vous ignorez, vous êtes l’état de non-connaissance.

V : Moi, je m’efforce d’être le témoin du corps et j’arrive à me voir comme si j’étais au-dessus de moi-même.

M : Vous ne pouvez observer qu’au travers de la conscience. Il vous faut remonter à reculons jusqu’à la source d’où vous pourrez observer, comme simple témoin, l’écoulement des évènements au sein de la conscience.

Vous n’êtes absolument rien en tant qu’humain identifié à un corps. La seule vie possible c’est en tant que conscience dont l’apparition et la durée sont liées au corps et à la force vitale.

V : Mais peut-on demeurer présent à la source, demeurer le témoin au cours de l’activité de sa vie professionnelle ?

M : Oui, trouver son centre dans la conscience –témoin est possible, et même dans le travail intellectuel la conscience peut regarder agir le niveau mental. Quoi que ce soit qui ait lieu , seul le « je suis » peut savoir et peut comprendre. Il faut renier toute identité avec le corps. Lorsque vous savez que la conscience est à la base de tout ce qui existe, de quoi d’autre avez-vous besoin ? Sans conscience que pourriez-vous être ? Vous êtes continuellement le témoin de votre personnalité mais vous ne le remarquez pas. L’identification au corps et au monde n’est qu’un phénomène conscientiel mal interprété. Si vous avez compris que vous ne pouvez pas mourir, faites ce que vous voulez, allez où vous voulez, cela n’a plus aucune importance. La force vitale, l’énergie, le dynamisme, tout le pouvoir de réalisation de l’homme est dans le « je suis ». La puissance du « je suis » réunit tous les mots de toutes les langues.

Je sais que vous avez compris tout ce que j’ai dit, le seul obstacle qui demeure est votre intimité avec le corps. La conviction que vous allez mourir un jour est le plus grave des obstacles.

Comme mon corps se détériore et que ma force diminue, ma connaissance du « je suis » diminue également. Ma conscience est absorbée de plus en plus par le témoin impassible de cette manifestation. Profitez-en, c’est de ce niveau que surgissent les réponses qui sont données.

En s’identifiant au cosmos, votre conscience n’a pour seul résidu que le « je suis ». Ce qui s’assied pour méditer ne peut être que la connaissance « je suis ». « Je suis la connaissance du « je suis » non formulé » est la seule approche correcte de la méditation.

V : Pourquoi suis-je né ?

M : Il est dans la nature de la conscience de se manifester. Il n’y a pas de cause. Le soleil se lève pour éclairer ses planètes, c’est dans sa nature.

Si vous adorez profondément ce « je suis », vous conquerrez tous les pouvoirs sur la manifestation mais je ne vous conseille pas d’entrer dans ce circuit. La conscience agit à travers le corps, elle a des millions de formes et la toute-puissance.

Vous êtes l’ensemble de tout ce qui existe mais votre orgueil conditionne cette splendeur aux dimensions de votre corps et vos convictions vous limitent à des formes illusoires.

V : Est-ce que croire en Dieu n’est pas une façon d’échapper à cet orgueil ?

M : Avoir une foi religieuse n’est qu’une complaisance émotionnelle. Croire à la naissance et à la mort également. Chacun n’est guidé et n’agit que par ses émotions. Tout ce que l’on cherche à exprimer est émotionnel.

Que peut-on utiliser d’autre que la conscience pour s’ancrer dans la conscience ? Vous êtes le thème même de méditation de votre conscience. Si vous ne pouvez arriver à abandonner l’idée que vous allez mourir, alors acceptez cette révélation : vous êtes l’ensemble du manifesté.

V : Comment me stabiliser dans la conscience ?

M : Il n’y a de stabilité que dans le sans forme. Dès qu’il y a un aspect, une couleur, l’esprit est sollicité et il se limite. Dans le social c’est cela que l’on veut : du changement, des aspects variés, du mouvement. Tout cela est du jeu, du passe-temps. La conscience est en toutes choses, elle peut être perçue en tous objets car c’est elle qui maintient leur subsistance. La conscience est vécue et s’exprime à travers la totalité des formes mais elle n’est qu’une. Le feu, l’air, l’eau, peuvent-ils être réduits à une forme ?

Vous avez actuellement compris tout ce qu’il y avait à comprendre, vous ne devez pas rester ici plus longtemps.

Attention, qui êtes-vous ? Brahma, mais l’habitude du corps est toujours là. J’estime néanmoins qu’à présent vous devez pouvoir vous appuyer sur la manifestation Brahma que vous êtes. Si, après avoir écouté tout ce qui a été dit pendant ces journées, vous persistez à vous relier au corps et à être stimulé par la vie du monde, c’est votre affaire mais ce sera un grand gâchis, une grande erreur. Branchez-vous sur votre manifestation en tant qu’être.

Il est facile de ne plus s’identifier au corps : observez le corps, observez la force vitale du souffle. Si vous pouvez l’observer, c’est que vous en êtes distinct. Comme plus tard observant la conscience vous serez au-delà de la conscience. Mais, tout d’abord, soyez un avec cette conscience. Vous ne pouvez en aucun cas vous confondre avec ce déguisement qu’est le corps. Se stabiliser dans la conscience entraîne la renonciation spontanée au physique et au matériel. J’insiste, un renoncement non délibéré, survenant de lui-même.

Vous croyez tous à votre vie individuelle bien qu’elle soit illusoire. Voyez donc, ce que vous considérez comme vrai change continuellement !

Pouvez-vous m’indiquer une seule chose constante ? Seul le sens d’être existe mais vous ne parvenez pas à vous en rendre compte parce que tous vos points de comparaison sont eux-mêmes changeants. Seul, « je suis », quoi que vous fassiez, demeure nécessairement là, identique à lui-même.

Le « je suis » est l’âme de tout l’univers. Il est dans le ver, dans l’homme, partout. Tout répète « je suis ». C’est le principe dynamique que l’on s’efforce de tuer en le limitant au corps mais il est immortel.

Vous avez compris, il ne faut plus revenir. Vous savez sans hésitation ni doute, sans nécessité de réflexion, que vous n’êtes pas une femme. Vous le savez même en rêve. Donc, vous devez savoir tout aussi spontanément que vous n’êtes pas ce corps.

La conscience seule accorde la conscience, adorez la comme la forme la plus haute de vous-même. 

 

Extrait de « Sois », Editions des Deux Océans, 1983

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