vendredi 6 mars 2009

Entretien du 28 juillet 1980 (Ni ceci ni cela)

Visiteur : Je pratique la méditation, mais je n’arrive pas à atteindre le détachement.

Maharaj : Tant que vous demeurerez lié au corps il ne vous sera pas possible de transcender votre attachement aux choses et aux gens.

V. Chaque fois que je m’efforce de m’unifier je ne ressens plus d’amour envers mes proches.

M : Ne vous occupez pas des autres, occupez-vous de vous.

V : Mais la méditation me fait perdre l’amour des autres !

M : Ce n’est pas que vous aimez moins, mais votre amour se fond en lui-même. Votre propre être est amour et félicité. De cet amour qui est votre nature profonde, vous avez fait une série d’objets, en vous stabilisant dans votre être vous rassemblez cet amour jusque-là dispersé à l’extérieur. Demeurez fidèle au sentiment « je suis », ce « vous êtes » résidant dans le corps est amour. C’est uniquement cet amour qui travaille, achète de la nourriture, mange, digère et sait quelque chose. « Vous êtes » est amour, mais il s’exprime spontanément au travers du souffle vital, les activités sont suscitées par le souffle vital. De même que le corps possède des membres afin d’accomplir son travail, ce sentiment « je suis » dispose du souffle vital lui permettant de se livrer à ses activités.

L’essentiel n’est pas d’aimer les autres mais de posséder la connaissance directe de ce que vous êtes. Ce pur amour prend soin de vous, il est votre nourriture, votre force motivante, focalisez votre attention sur lui. Son mouvement est révélé par la force vitale, la sensation tangible de sa présence est le sentiment « je suis ». Cet amour est amour universel, il n’est pas dirigé vers une chose ou personne particulière. Il est semblable à l’espace, l’espace ne dit pas « Je n’existe que pour un tel et un tel ». Il ne s’attache pas à une personne en particulier. Cet amour manifesté est universel.

Tous vos ennuis ont leur source dans votre identification avec le corps. L’amour primordial est « amour d’être » et ensuite seulement il peut devenir amour des autres. Pourquoi éprouvez-vous de la joie de vivre… ? Parce que vous aimez être. Le plus grand écueil est de vous prendre pour un corps et un intellect.

Comprenez bien tout cela. Ce n’est pas que vous devez devenir Dieu, vous êtes Dieu ! Originellement vous êtes divin mais vous devenez quelque chose qu’en fait vous n’êtes pas. Vous ne pouvez revendiquer votre nature véritable, votre nature divine, que lorsque « vous êtes ». Il vous faut bien comprendre cela. Votre destination est votre propre nature, ce « je suis ». Il est la source même de toute chose.

V : Voilà la destination, mais comment y parvenir ?

M : Vous êtes déviés dans votre recherche à cause du corps. Vous chutez de votre socle divin en prenant appui sur le corps. C’est parce que « vous êtes » que la conscience est là. Avant de dire « je suis » vous êtes déjà présent.

V : C’est vrai.

M : A présent que vous savez que « vous êtes », devenez cet être. Ici on ne commente pas ce qui est écrit dans les livres saints. Ce que je vous dis c’est : « Vous êtes, soyez ! » Si vous aimez ce que je dis, venez ; si vous ne l’aimez pas, ne venez plus !

Présentement vous pouvez penser : « Je suis quelqu’un de négligeable, j’ai peu d’intelligence », mais en fait ce n’est pas vrai ! Vous êtes très ancien, vous êtes éternel. Ce sentiment « je suis » est semblable à une publicité, il est l’annonce, l’indication de l’état éternel. Les mots « je suis » ou le sentiment intérieur « je suis », eux, ne sont pas éternels, c’est vous seul qui êtes ancien et éternel.

V : Comment arriver à comprendre que je suis éternel ?

M : Ceci n’a pas lieu d’être compris et d’ailleurs ne peut pas l’être, cet état est atteint spontanément. Lorsque vous serez devenu cet état permanent « je suis », vous vous dissoudrez de vous-même dans l’état éternel. Il vous faut développer la conviction « je suis l’Absolu », c’est très important. Actuellement vous savez que vous êtes présent et que vous êtes assis ici. Comment avez-vous acquis cette conviction ?

V : Je le sais, je le vois, je suis assis ici !

M : Vous devez de la même façon développer la conviction « je suis ». Fixez uniquement votre attention sur ce point. Avant l’apparition de l’être ou de la connaissance, Je, Absolu, suis déjà présent.

Quelle entité fixe son attention ? Qui sait ce qu’est fixer son attention ? Ce qui est à même de fixer l’attention se doit d’être antérieur à l’attention.

Spirituellement, comment méditer ? Pour méditer il vous faut un objet de méditation. Qui observe la méditation, qui pratique la méditation… ? Ce quelqu’un doit être là n’est-ce pas ? Il doit méditer sur quelque chose – le méditant médite sur quelque chose – mais avant ce quelque chose le méditant se doit être là. C’est bien lui qui médite n’est-ce pas ? Alors ne gardons que ce méditant, sans aucun objet. Dans la vraie méditation le méditant est seul sans aucun objet de méditation.

Avant l’éveil, Je, Absolu, suis présent. En m’éveillant je prends conscience de ce que « je suis » et ce n’est qu’ensuite que les événements , les concepts peuvent être présents à mon esprit. Encore une fois, Je, Absolu, doit être antérieur à l’état d’éveil. Fixez-vous, maintenez-vous à ce niveau.

Il faut vous stabiliser dans cet état de présence à votre véritable nature. Il faut vous débarrasser de toutes les questions secondaires et ne porter votre attention que sur « je suis ». Le processus entier d’ailleurs se révélera dans votre source. Savez-vous ce qu’est votre source… ? C’est « je suis » ! Emparez-vous de ce rappel profond de votre existence et demeurez plongé en lui. Il vous faut en faire votre réalité, vous réalisez vous-même. Il vous faut demeurer à la frontière, cette frontière qui est à la fois « je suis » et « non-je suis ».

Supposons que vous n’ayez pas conscience que vous êtes, cela impliquerait-il que vous n’êtes pas ? Si ce sentiment « je suis » n’est pas présent, Vous, pur Absolu, néanmoins vous êtes. Vous, pur Absolu, prédominez avant, pendant, et après l’état d’éveil. Pendant l’éveil, les sens appartenant à « je suis » perçoivent le monde tandis que Vous, Absolu, êtes témoin de l’éveil du « je suis » et de ses perceptions.

V : Je veux travailler à ma spiritualité !

M : Voulez-vous la connaissance de vous-même ou pas ? Vous souhaitez travailler à quelque chose de spirituel, mais il vous faut d’abord être là avant de faire quelque chose. Il vous faut connaître ce « vous ». Quel est celui qui veut travailler à la spiritualité ? C’est ce « je suis ». Lorsque vous êtes plongé dans vos activités quotidiennes, dans votre maison, dans la rue, dans votre bureau, quel est le facteur commun ? C’est ce sentiment « je suis », c’est lui qui accomplit.

Entre mon lever et mon coucher je fais beaucoup de choses. Quelle est la somme totale de toutes ces activités… ? Dans le sommeil profond, « je suis » a sombré dans l’oubli et il s’est oublié lui-même. A quoi donc a servi tout ce qui a été fait dans la journée ? L’être n’est qu’une phase temporaire, ce n’est pas un état éternel, ce n’est qu’une représentation théâtrale transitoire. La conscience n’est que le produit des cinq éléments et de leurs réactions entre eux. Ce résultat est lié au temps. Il ne vous est possible de savoir quelque chose que lorsque la connaissance se connaît, lorsqu’elle perçoit qu’elle est. Votre échec consiste à vouloir privilégier une chose en tant que « vous-même » au sein de la conscience. Votre conscience est le lieu de manifestation du monde, à partir du moment où vous la mutilez aux dimensions d’un corps et considérez cela comme vous-même commence votre chute.

V : Qui pense que je suis la conscience ?

M : Vous. Le processus mental n’est possible que grâce à la présence de l’être. Sans être, pas d’activité, l’être est la condition indispensable à pensée et non-pensée. Supposons que vous ressentiez une souffrance physique, qui est témoin de cette souffrance ? Seul votre être peut être témoin de cette douleur dans le corps. Le véritable témoin est votre nature éternelle. Tant que l’être est présent, vous êtes l’être, quand l’être n’est plus là, vous êtes l’Absolu. Chacun de ceux qui sont entrés dans cette pièce devront en repartir, de même l’être qui est venu devra partir.

  

Extrait de Ni ceci, ni cela, Editions Les Deux Océans, 1986

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